Editoriaux - Santé - Société - 12 février 2019

Sophie Cluzel : un engagement à géométrie variable !

Pour la secrétaire d’État chargée des Personnes handicapées, l’intégration des enfants handicapés à l’école est une priorité. La scolarisation oui, mais pour le reste, le son de cloche du côté du gouvernement, c’est plutôt “Circulez, il n’y a rien à voir !”

En effet, Sophie Cluzel était, le 8 février dernier, l’invitée de LCI. Objectif : répondre aux doléances des Français sur le handicap. Enfin, y répondre, tout est relatif. Elle a de nouveau fait état de son opposition à la suppression de la prise en compte des revenus du conjoint pour le calcul de l’allocation aux adultes handicapés (AAH). Autant dire qu’elle n’aurait rien dit que cela aurait été pareil !

La légitimité de Sophie Cluzel en matière de handicap n’est plus à démontrer. Néanmoins, si elle s’est beaucoup battue par le passé pour le mieux-vivre des personnes en situation de handicap et qu’elle continue, manifestement, de le faire sur certains sujets, notamment l’école, il faut croire à l’évidence que son engagement est sélectif. L’école oui, les ressources, non ! Et tant pis qu’il s’agisse pourtant d’une des principales demandes des citoyens handicapés et de leurs proches. Ah, austérité, quand tu nous tiens !

Le fait que le montant de l’AAH diminue en fonction des ressources du conjoint est un réel problème car cela met le bénéficiaire dans une situation de dépendance vis-à-vis de son conjoint. Cette allocation devrait, au contraire, permettre l’émancipation de la personne, être un élément de son autonomie dans la vie quotidienne. Concrètement, de nos jours, si un bénéficiaire est en couple avec une personne qui touche au moins 1.126 euros par mois, l’allocation diminue et elle disparaît purement et simplement si le conjoint gagne 2.200 euros par mois minimum. Résultats : aujourd’hui, beaucoup de personnes en situation de handicap renoncent au mariage ou au PACS pour ne pas qu’on leur retire l’AAH, ce qui est parfaitement injuste et indigne ! Surtout qu’en réalité, les enjeux financiers sont relativement marginaux pour les finances publiques.

La secrétaire d’État considère, elle, que “la solidarité nationale complète la solidarité familiale, elle ne doit pas s’y substituer”. Décidément, tout est bon pour faire des économies et peu importe que ce soit sur le dos de personnes qui, malgré les augmentations, vivent sous le seuil de pauvreté !

Qui plus est, disons-le, il y a un paradoxe dans le discours du ministre sur le sujet. Elle déclare : L’allocation, c’est une ressource pour pallier une limitation d’activité.” Si, comme elle le dit (et elle a raison), l’AAH est effectivement une ressource, alors celle-ci doit pouvoir être cumulable avec les revenus du conjoint et imposable. Or, c’est ce qui est refusé depuis des années !

Cette mesure a beau contribuer, en quelque sorte, à l’asservissement des individus, et donc être totalement contraire à l’esprit de la loi de 2005 (loi dont Mme Cluzel a participé à l’élaboration), cela ne la gêne pas de rester sur sa position sur le sujet. Allez comprendre…

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