Culture - Editoriaux - Politique - Tribune - 15 mars 2016

Sophia Aram, son humour sexiste : avec la bénédiction féministe ?

14 mars 2016, France Inter annonce la tribune de Sophia Aram : « Aujourd’hui, c’est le retour de Ludovine de La Malbaise. Aujourd’hui, ça ne va pas fort, fort ! Cette affaire avec Monseigneur Barbarin, primat des Gaules au sujet du scandale sexuel qui est en train d’ébranler la curie… »

Qu’est-ce qu’on se marre… se faire la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de La Rochère, et l’associer à un scandale sexuel pédophile : quel panard !

Le même jour, je vois une image montrant un homme fessant une femme, en illustration d’un article critiquant une femme politique. Et c’est sur Boulevard Voltaire, à propos d’Anne Hidalgo…

Faut-il relever les agressions niveau caniveau ? Il y a longtemps, Florence Montreynaud avait jugé que oui, et créé une association dont le but spécifique était de protester contre les insultes faites aux femmes politiques. Elle avait nommé son association paradoxalement « Les Chiennes de garde », puis « La Meute ». À mon avis, un nom d’association auto-insultant…

Toujours est-il que Les Chiennes de garde ont, en de nombreuses occasions, protesté contre des insultes envers des femmes politiques, notamment par ce genre l’illustration qui se veut sans doute « fine » et qui, de fait, vante la violence, est une violence. Mais après des années de cette série odieuse de Sophia Aram contre Ludovine de La Rochère : silence de plomb.

Sophia Aram, votre humour sur « la malbaise » porte un nom : sexisme.

« Mal baisée » relève du registre de ce que les féministes appellent « culture du viol » et « inversion de la culpabilité ». Dans un monde où « bien baiser », « bien jouir » serait une valeur absolue, la femme serait coupable, toujours coupable, bien que « passive », seule coupable (le malbaisant étant exempté de critique), méritant d’être punie au moins d’une insulte lorsqu’elle refuse d’être violée…

À vrai dire, l’expression avait été passablement discréditée tout de même ces dernières années, mais Sophia Aram a cru malin de la ressortir des oubliettes. Apparemment, elle compte sur l’émoustillement que produit le spectacle d’une parole aussi crasse dans la bouche d’une femme et d’un « crêpage de chignon » pour attirer le mateur.

Une insulte sexiste de la part d’une femme contre une autre femme ne serait pas sexiste. Une femme de gauche a bien le droit d’insulter une femme catholique de droite. Voilà les principes implicites sur lesquels repose le surnom répété par Sophia Aram. Faut-il expliquer à quel point ces principes-là sont odieux ?

« Nul ne sera soumis à des traitements dégradants. » Je répète cette phrase de la déclaration de 1948 depuis le début de mon engagement militant. Nous sommes en 2016, et je constate que certaines n’ont toujours pas compris le principe : les droits de l’homme ne peuvent être un obstacle à la barbarie que s’ils sont reconnus à tout humain.

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