Certes, le sondage IFOP-Fiducial, commandé par Le Figaro et Sud Radio, sur les intentions de vote des Français aux prochaines élections européennes n’est qu’une enquête d’opinion parmi d’autres. Sans négliger le fait que nous sommes encore à huit mois de ce scrutin. Il n’empêche que lorsque les sondages se suivent et se ressemblent, ils finissent par donner des lignes de force et des tendances lourdes.

Lesquelles sont, évidemment, en faveur de la liste du Rassemblement national menée par Jordan Bardella, président de ce parti. Ainsi ce dernier est-il désormais crédité de 28 % d’intentions de vote, contre seulement 20 % à son adversaire de Renaissance, dont le nom n’a pas encore été rendu officiel : Thomas Séjourné, son patron, ou Thierry Breton, actuel commissaire européen au Marché intérieur.

Pour mesurer le chemin parcouru, il suffit de se reporter aux résultats du millésime 2019, avec un Jordan Bardella (23,34 %) coiffant d’une courte tête sa rivale macroniste, l’impayable Nathalie Loiseau (22,42 %). Nous passerions donc, aujourd’hui, d’un écart de 0,92 % à 8 %, ce qui n’est pas rien.

Même électoralement dispersée, la gauche résiste

De son côté, l’autodissolution de la NUPES donne les résultats qu’on pouvait attendre. LFI, PS et EELV se partagent les miettes du gâteau avec, respectivement, 9 % pour Manon Aubry, encore 9 % pour Raphaël Glucksmann et toujours 9 % pour Marie Toussaint. De son côté, le PCF, avec un certain Léon Deffontaines (inconnu gagnant probablement à être connu), pourrait au moins tutoyer la barrière des 5 % fatidiques, seuil au-delà duquel une liste obtient des élus. Là, rien de bien inédit. La gauche représente toujours un fort potentiel électoral, en France. Soit un gros tiers des électeurs, fonds de commerce assez équitablement réparti en quatre sensibilités - gauchiste, socialiste, écologiste et communiste - plus douées pour se faire la guerre que de s’entendre.

LR/Reconquête : le match nul…

De l’autre côté de l’échiquier politique, la liste des Républicains, conduite par François-Xavier Bellamy, stagnerait toujours à 8 %, tandis que celle de Reconquête, menée par Marion Maréchal, plafonnerait à 6 %. Des résultats qui leur étaient déjà promis à la fin de l’été. Là, pas de dynamique, à la hausse comme à la baisse. Ce qui est parfaitement logique, ces deux personnalités se disputant le même créneau électoral, celui de la droite libérale et conservatrice. Lequel pèse dans les 12 %. Soit plus une force d’appoint qu’une force motrice.

À ce titre, le parti d’Éric Zemmour, qui ambitionnait naguère de remplacer le Rassemblement national, se trouve désormais contraint de jouer en deuxième division ; histoire de savoir qui, de lui ou des LR, sera le vainqueur au pays des vaincus. Bref, c’est un fauteuil pour deux.

En revanche, ces sondages paraissent valider les analyses politiques de Marine Le Pen, ayant théorisé un affrontement entre blocs populaire et élitaire, tandis que d’autres en appelaient à une introuvable union des droites.

Le RN investit toutes les couches de la société

Et c’est en allant dans le détail qu’on comprend mieux l’irrésistible ascension de Jordan Bardella, presque aussi populaire chez les femmes (27 %) que les hommes (30 %). C’est évidemment chez les jeunes générations qu’il est le mieux représenté : 32 % chez les moins de 35 ans, 36 % chez les 35-49 ans. Mais chez les plus anciens, il attire néanmoins 30 % des 50-64 ans et 18 % des 65 ans et plus. De même, si Jordan Bardella est plébiscité par les artisans et les commerçants (52 %), il séduit encore 26 % des catégories socialement supérieures ; ce qui n’est pas négligeable.

De manière plus étonnante - comme quoi Marine Le Pen n’est pas que « prisonnière de son ghetto d’ouvriers et de chômeurs », tel qu’affirmé par Éric Zemmour lors de la dernière campagne présidentielle -, le président du RN est plus populaire chez les chefs d’entreprise (38 %) que chez les salariés (32 %) et les chômeurs (35 %). Sans surprise, c’est évidemment dans la France périphérique que le lepénisme demeure le plus populaire : 40 % dans les communes rurales, contre seulement 19 % dans les agglomérations parisiennes.

Là encore, quand le vote macroniste est circonscrit dans les zones urbaines qui profitent de la mondialisation, (tout comme celui de LR et de Reconquête), celui du RN n’en finit plus de monopoliser cette autre France, pour qui cette même mondialisation fait plus figure de malédiction que de bénédiction. Cette dernière est démographiquement largement majoritaire. Il ne lui reste plus qu’à le devenir dans les urnes. Mais s’il parvenait à franchir la barrière symbolique des 30 %, le RN ne serait plus un simple parti de protestation ou d’opposition, mais une véritable force de gouvernement.

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18 octobre 2023 à 18:06

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51 commentaires

  1. Comme disait LeLuron à propos des élections de 88 (où les sondeurs de l’époque donnait la Droite en tête) : »comme on a la Droite la plus c…. du monde, c’est pas dans la poche ! » Rien n’a changé depuis 40ans !

  2. Je rappelle que Mitterrand a accédé au pouvoir après avoir établi l’union des gauches et le programme commun, suite au Congrès de l’Unité, en 1971 (Epinay-sur-Seine).
    En France, en ce moment, il y a 3 partis qui sont largement aussi proches entre eux que les socialistes et communistes de l’époque : Le Rassemblement National, Les Républicains, Reconquête et même Debout la France de Nicolas Dupont-Aignan.
    Les 3 jeunes responsables des départements juniors de ces 3 mouvements : Pierre-Romain Tionnet (RN), Guilhem Carayon (LR), et Stanislas Rigault (Reconquête), ont déjà eu des contacts entre eux dans ce sens.
    Je crois que l’enjeu est simple : ces 3 ou 4 partis s’unissent -> ils gagnent
    Ils se laissent diviser par leurs adversaires -> ils ne gagnent pas
    Les français ont déjà entendu mille fois le baratin éculé des politiques qui s’accrochent à leur poste : « au-delà de la droite consensuelle qui traite avec Macron, c’est l’extrême droite, les héritiers de Pétain, le racisme, la xénophobie, l’homophobie, la guerre civile, etc »
    Je suis curieux de voir si nos 3 ou 4 partis de droite vont enfin arriver à s’unir pour accéder au pouvoir.

  3. A partir d’un succès du RN aux européennes, il ne faut surtout pas extrapoler pour la présidentielle, pourtant c’est celle là qui compte. En effet si à la présidentielle par miracle, le RN arrivait en tête, il y aurait une telle panique des « républicains » de tout poils et les « pétochards », qu’ils feraient une coalition hétérogène, pour au nom du sauvetage de la république, de l’intérêt supérieur de la nation, de la démocratie, des droits de l’homme et j’en oublie sans doute, pour empêcher d’avoir accès à l’Élysée. Un peu comme quelques « démocraties » du tiers monde, démocraties avancées, comme on le dit d’un camembert avancé…….

  4. le parlement c’ est comme l’assemblée nationale : une extension croupion du systeme financier ; un conseil restez chez vous !

    1. Justement, il faut aller voter mais voter bien. Ne pas y aller, c’est faire le jeu des gauchistes.

  5. Excellent article ; le RN est le seul parti crédible et solide en cette période troublée et inquiétante ; depuis 40 ans ses prédilections se trouvent aujourd’ hui dans la réalité ;le courage , la ténacité et la qualité de ses représentants finissent par rassembler de plus en plus de Français ; et on imagine quelle sera la situation dans 8 mois …

    1. C’est Reconquête qui doit s’associer avec le RN qui est actuellement le plus fort. Réunis, ils peuvent faire  » un tabac » comme on dit.

  6. « contre seulement 19 % dans les agglomérations parisiennes. » Aucune surprise, quand on voit le taux d’immigration en région parisienne…

  7. Lorsque le phénomène Zemmour est apparu sur les Radars, il a suscité chez moi de grands espoirs, comme sans doute chez nombre de mes concitoyens…Mais pourquoi faut-il que ces gens qui défendent des causes justes et évidentes, se tirent systématiquement des balles dans le pied ? Comme Le Pen Père en son temps, Zemmour avec sa théorie fumeuse sur Pétain et les Juifs et son refus d’accueillir des réfugiés Ukrainiens, Européens et Chrétiens a sabordé lui même son avenir politique. On peut y ajouter une maladresse consternante, en attaquant violemment MLP et le RN….Ce garçon manque totalement de sens politique…Et je déplore que l’intelligente et charmante Marion Maréchal ait choisie de rallier son camp…Que de talent perdu…

    1. Ce qu’à dit Zemmour était juste, comme ce que disait Le Pen, mais en politique en particulier, toute vérité n’est pas bonne à dire, car ses adversaires en profitent le monter en épingle et pour en détourner le sens, c’est dégueulasse, mais c’est une pratique politique utilisée par tous, au détriment de la démocratie.

    2. Connaître l’Histoire, même si elle diffère trop souvent des versions officielles, n’a rien de fumeux. Ce qui l’est, par contre, c’est de prêter à Zemmour un refus d’accueuil des réfugiés ukrainiens qui n’aspireront qu’à rentrer chez eux après la guerre ! Quant à Marion Maréchal, outre son intelligence, c’est son honnêté qui l’a rapprochée de Reconquête, qualité quasiment unique dans le monde politique actuel.

      1. Tout à fait d’accord avec vous, pour moi le critère permettant de savoir si un immigré est Franco-compatible, c’est de voir s’il mange du cochon!

  8. Le parti politique qui sortira vainqueur en juin sera celui qui prendra à bras le corps les problèmes actuels de la société en France et sans langue de bois ! Les autres plafonneront à 5 % grand maximum. Là on pourra parler « de grand changement « .

  9. Nous ne connaissons pas encore le prochain remplaçant de Macron, les noms se succèdent à la vitesse de la lumière, jetés en pâture par LREM-Renaissance, afin de tester les candidats et finir par trouver le bon, quoi que… Philippe, Darmanin, etc., le dernier en vue : Attal, jusqu’au jour où il se rétale… lui-aussi.
    On donne beaucoup trop d’importance à LREM-Renaissance parce que c’est le parti présidentiel, donc c’est à prendre avec des pincettes, tant Macron est réellement détesté.
    OK il peut y avoir des différences entre désaccord sur tel ou tel point, mais la déception l’emporte dans la majorité des cas, et ce n’est pas LR ou ex PS qui en retire les bénéfices.
    Ni les partis gauchistes d’ailleurs, allant du rose pâle au rouge vif en passant par le vert-de-gris, ces gens-là piétinent, satisfaits du mal qu’ils peuvent faire à la France.
    Marine Le Pen a réussi le tour de force de dégager le RN de l’image du FN, sauf chez les journalistes bobo-gaucho évidemment, qui en rajoutent toujours une couche histoire de se rassurer, mais renvoyés illico dans les cordes par Marine Le Pen, et un Jordan Bardella qui fait passer « l’acteur-réciteur-Macron » pour un amateur, un très mauvais comédien de boulevard.
    Quoiqu’il en soit, la donne va bien changer l’atmosphère.

    1. Si Macron démissionnait sous un prétexte quelconque (« donner la parole au peuple ») avant la fin de son mandat, il pourrait se présenter une 3ème fois…

      1. C’est exactement cela et peu de Français en ont conscience. Serait-ce la même chose en cas de destitution? Merci.

  10. Le corps electoral français est comme un vol d’étourneaux, il part dans tous les sens tout en restant groupé, et bien malin qui pourra prédire l’endroit où il finira par se poser … Dans le cas des élections françaises, l’atterrissage est toujours décevant, et orienté par des pressions et des déchainements médiatiques de dernière minute pour diaboliser le challenger non adoubé par l’oligarchie. L’accès aux vrais leviers du pouvoir en Europe est infranchissable, et le succès du RN ne prouverait qu’une seule chose, c’est que ce parlement n’a aucun poids dans la conduite des affaires, ce n’est qu’une chambre d’enregistrement.

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