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Editoriaux - International - Justice - Politique - Presse - Santé - Table - 21 décembre 2015

Nous sommes tous « espagnols ». Olé !

Avant-hier, les Espagnols ont montré à « l’establishment » ce que les Français n’ont pas montré il y a quelques jours : « des électeurs courageux ». Mariano Rajoy a gagné tout en perdant, les socialistes ont perdu complètement et le peuple a décidé de voter pour des partis qui ne sont pas dans le système. Un coup de pied dans la table que les Espagnols doivent maintenant digérer.

Le parti au pouvoir (le Parti populaire) était, jusqu’à ces élections, majoritaire. Le gouvernement de Mariano Rajoy était très critiqué ; le peuple se plaignait à la fois de l’austérité, de l’absence de tout dialogue et de la corruption des élus. De son côté, le PSOE (Parti socialiste ouvrier espagnol) a reculé inévitablement, tant ses promesses ne sont pas entendues. Plus personne ne lui fait confiance, il récolte un résultat voisin de 20 %, le plus bas depuis très longtemps.

Impossible, donc, au parti au pouvoir de constituer un gouvernement. Ces élections ont porté, à l’Assemblée, le parti Podemos (gauche adorée de Mélenchon) et le parti Cuidadanos (un peu le centre UDI-MoDem chez nous). Ces deux partis devenus maintenant des groupes incontournables pour gouverner en sont des partis populaires, au sens de “issus du peuple”. La rue espagnole a gagné le droit de se faire entendre. Terminé le bipartisme et les petites ententes entre les deux tenants du pouvoir en alternance (un peu notre UMPS).

La presse espagnole, dans les titres de lundi matin, affirme que Rajoy sera incapable de constituer un gouvernement. Tous les commentateurs analysent cette élection comme si l’arrivée de deux partis populaires n’était qu’un accident de parcours. On a même entendu des journalistes « envisager de nouvelles élections d’ici quelques mois », comme si les « gardiens du pouvoir » disaient aux électeurs vous avez mal voté. Il est évident que le coup de pied dans la fourmilière ne plaît pas à ceux qui sont bien installés dans le système comme dans notre beau pays.

En France, les électeurs n’ont pas la chance de nos voisins ibériques : pas de proportionnelle. Les partis politiques au pouvoir en ont trop peur. On nous explique depuis des années que la proportionnelle rend un pays ingouvernable. Aujourd’hui, les commentateurs espagnols enfoncent ce clou. Pourtant, même Bayrou affirme que c’est le seul moyen démocratique de donner la parole au peuple. Nous avons chez nous tous les ingrédients de nos voisins : deux partis au pouvoir qui se chamaillent pour l’alternance mais qui font la même politique ; deux partis qui refusent le dialogue avec les Français (mariage pour tous, loi santé votée la semaine dernière à main levée par 15 députés). Nous avons aussi notre lot de repris de justice élus, de magouilles en tout genre. En un mot, notre classe politique est aussi corrompue que celle que les Espagnols viennent de rejeter.

Alors, haut les cœurs ! Avec un peu de ténacité, les Français arriveront à faire comme les Espagnols. Les Corses viennent bien de le faire. Pour cela, il est nécessaire que la proportionnelle s’installe en France, où nous avons tous les signes de la démocratie en vitrine mais aucun de ses fonctionnements. Nous pouvons aussi rassurer les journalistes espagnols : un gouvernement se constituera mais pas sans un dialogue, pas sans un respect des élus, pas dans la dictature d’un parti qui a tous les pouvoirs. Les Français le voulaient, les Espagnols l’ont fait. En cette période de Noël, nous sommes encore en droit de rêver.

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