Le légionnaire a tombé le masque. Celui par qui le scandale est arrivé a dévoilé sa véritable identité. Il s’appelle Joachim Tybora. Souvenez-vous. C’était en janvier 2013. Au Nord-Mali. Pour se protéger de l’atterrissage d’un hélicoptère à proximité, il a relevé son foulard en forme de tête de mort. Une photo a été prise. Diffusée sur les réseaux sociaux, elle a fait le tour du monde. Le légionnaire a été sanctionné pour cette peccadille. Dégoûté, il a demandé à rompre son contrat. Refus de l’autorité militaire. Désertion. Alcool, drogue, descente aux enfers… et finalement exclusion.

« Cette image n’est pas représentative de l’action que conduit la France au à la demande de l’État malien », avait alors dit le porte-parole du ministère de la Défense. Parce qu’on enfilait des perles, au Nord-Mali ? Qu’on jouait aux dés avec Mokthar Belmokthar ? Surtout, n’allez pas croire qu’on faisait la guerre. On était, en fait, au Club Med. Belle plage, beau soleil, un peu chaud. Manquaient plus que la piscine, la piña colada et les jolies « pépés ». Et vous croyez qu’ils font quoi, nos soldats, au Mali ? Ils n’ont peut-être jamais semé la dans les rangs d’Al-Quaïda au Maghreb islamique (AQMI) ? Ils ne sont peut-être jamais allés les débusquer à coups de FAMAS, de 12.7, d’ANF1, de FR-F1 dans les Ifoghas ?

Combien de militaires sur les théâtres d’opérations arborent encore discrètement ces signes de mort ? Il n’y a qu’à aller dans les camps militaires et les voir s’entraîner torse nu ou avec leurs T-shirts, arborant (pas forcément fièrement) ce qui incarne irrémédiablement leur métier : des serpents, des glaives, de têtes de mort, tatoués sur leurs bras, leurs jambes, leur dos, leur poitrine… Car être soldat, c’est bien sûr protéger, mais c’est aussi tuer quand nécessité fait loi. C’est être au contact de la mort. Demandez aux « acteurs » de l’opération Sangaris en République centrafricaine ce qu’ils vivent au quotidien, les cadavres de civils qu’ils doivent charrier.

Certes, notre doit véhiculer l’image la plus positive possible. Oui, elle doit être exemplaire. À condition qu’elle le soit déjà au sommet de la hiérarchie, serait-on tenté de dire… Nous n’avons pas à rougir de nos soldats qui assument (souvent seuls sur l’échiquier international) des missions pénibles et parfois à la limite du supportable. Et si, pour exorciser cette qu’une unité d’élite comme la Légion côtoie tous les jours, on doit porter un qui n’est vu que de nos unités, quel mal y a-t-il ? On peut comprendre la détresse de ce soldat d’avoir été « injustement » sanctionné. L’autorité militaire, la chaîne de commandement a aussi sa responsabilité. Les ordres auraient dû être clairs dès le départ. L’ont-ils été ?

Le brigadier Tybora a joué le rôle de fusible et préservé ainsi la carrière de ses supérieurs. Bouc émissaire, il a payé pour tous. Le plus beau dans l’histoire, c’est qu’il est parvenu à se reconstruire, sans doute grâce à tout ce qu’il a pu apprendre au 4e régiment étranger à Castelnaudary : ne rien lâcher. Il a sombré mais s’est relevé. Le soldat Tybora a bien mérité de la Patrie.

13 juin 2014

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