Et si le soldat Flanby bombardait la Suisse…

Après l’Allemagne, c’est en Autriche que les eurosceptiques viennent de jouer les trouble-fête, bousculant la coalition sortante socialo-centriste qui enregistre son plus mauvais score depuis 1945. Le FPÖ (Freiheitliche Partei Österreichs) – Parti libéral autrichien –, qui a mené une campagne axée sur le rejet du centralisme de Bruxelles, gagne près de quatre points avec 21,4 % (contre 17,5 % en 2008). À l’image des « Alternatifs » allemands, le FPÖ obligera sans doute les conservateurs et les socio-démocrates à reconduire une grande coalition pour le moins brinquebalante. Les « libéraux » autrichiens sont, en effet, les grands gagnants de ce scrutin, même s’ils ne rééditent pas leur score de 1999. Avec 27 % des voix et leur charismatique leader Jörg Haider, ils entraient alors au gouvernement, créant ainsi une belle effervescence en Europe. Les 14 membres de l’Union européenne de l’époque allèrent même jusqu’à mettre l’Autriche sous « surveillance » afin de « vérifier que le pays respecte toujours les droits démocratiques les plus élémentaires ». Le ridicule ne tuant pas – contrairement à l’accident de voiture qui emporta Jörg Haider –, la même Union européenne a constaté officiellement dès l’été 2000 que l’Autriche était restée une démocratie…

Ouf, l’Europe l’a échappé belle. Comme vient de le faire la France contre laquelle l’autre « mouton noir » du continent européen, la Suisse, a… déclaré la guerre, lors de ses dernières manœuvres militaires du mois d’août. Les stratèges suisses avaient en effet imaginé, pour cet exercice annuel, qu’une région sécessionniste du Jura français – baptisée Saônia – terrassée par la crise financière, menaçait d’envahir leur pays. Ces dangereux terroristes du Jura voulaient « venir rechercher l’argent que la Suisse leur avait volé » afin d’éponger la dette saônienne. On ne sait pas si le soldat Cahuzac a inspiré ce scénario, mais ce kriegspiel helvétique démontre à l’évidence les réticences suisses à l’idée de partager un jour le triste sort européen de leurs voisins français.

Forte de sa victoire en 1992, lors du référendum initié contre l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen, l’Union démocratique du centre – le parti souverainiste suisse – a marqué durablement le paysage politique suisse. « On nous [les Suisses] demande de descendre d’une voiture confortable pour monter dans une charrette », avait alors pronostiqué l’un de ses leaders, rappelant que, depuis Guillaume Tell, les Suisses avaient fait le choix de la liberté individuelle. Toute intégration à des institutions supranationales signifierait immanquablement une régression qui obligerait la Suisse à se soumettre à des modèles politiques et économiques que l’UDC juge inférieurs à ceux développés par son propre pays. Dans un monde de plus en plus uniformisé, la Suisse demeure sans doute le seul État à avoir sa propre politique. Une adhésion aux institutions européennes, estime encore l’UDC, ne pourrait se traduire que par « un nivellement par le bas de nos points forts ».

Et même s’ils ne veulent faire la guerre à personne, les Suisses ont voté très majoritairement, le 22 septembre dernier, pour le maintien de leur système d’armée de milice, fondé sur la conscription militaire obligatoire. L’armée suisse, constituée de citoyens-soldats, est considérée comme l’un des piliers fondateurs de la nation. Alors, on peut se moquer – comme l’ont fait les media français – de l’exercice militaire de nos voisins helvétiques… Mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont de « la Suisse dans les idées ». Le soldat Flanby ferait bien de s’en inspirer, à moins qu’il ne veuille bombarder ce qui ressemble fort au dernier village gaulois d’Astérix qui aurait trouvé refuge au bord du Léman…

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