2013 Brétigny, 2014 Denguin, 2015 Eckwersheim. Trois années, trois « accidents » de train. Total : 20 morts et près de 150 blessés. Pas de Hollande, l’œil humide, ni de Valls, pas de clairon, de couronne, de cérémonie « citoyenne ». Enterrements à la sauvette pour les victimes d’une société d’État.

Et que se passe-t-il à la tête de la SNCF ? Rien ! Les mêmes hommes sont toujours aux mêmes places. Le président, Guillaume Pepy, a été reconduit dans ses fonctions en 2013. L’homme, évidemment orné de la Légion d’honneur – à quel titre ? Mystère – avoue au Financial Times n’avoir « réellement aucune passion pour les trains » ! Ça se voit ! À l’Élysée, une voix off : « Change rien, Coco ! Le casting est bon ! C’est comme dans les ministères ! »

Face aux accidents à répétition, un dirigeant déclare : « Parfois, on manque un peu de rigueur dans le respect et la mise en œuvre des bonnes pratiques professionnelles. » Voilà une oraison funèbre bien désinvolte. Et si nous, contribuables, on manquait « un peu » de générosité pour payer le salaire de cet imbécile indécent ?

Hormis un communiqué laconique datant du jour du dernier accident, le 14 novembre, en plein Bataclan, le site du ministère des Transports est muet. La presse se fait pourtant l’écho de la riposte vigoureuse du ministre : il va nommer un super-directeur de la sécurité. En voilà, une bonne idée : « Ajoutons un haut fonctionnaire à plein de hauts fonctionnaires inefficaces et ça va marcher ! » Le président de l’entreprise ne se sent pas concerné : « Démissionner pour incapacité notoire ? Vous rigolez ! » Il ne l’a pas dit avec des mots, mais avec des gestes ; en fait, il le dit avec son cul, collé à son fauteuil.

Les gens du pouvoir n’ont pas compris que nous, le peuple, en avions plus que marre de cette caste, politique ou non, irresponsable, intouchable malgré les fautes, les désastres, les morts. Ils n’ont pas compris que cette méchante tambouille dégoûte les gens. Que le ministre des Transports est payé pour faire le grand ménage dans son entreprise en faillite morale. Que les voyous qui ont fauté, les Agnès Saal, les Pepy, les Bartolone, les repris de justice, les fraudeurs, les profiteurs et tous les autres malfrats, tous ces gens qui parlent beau, qui touchent gros, qui mentent trop doivent disparaître de la vie publique, de notre vie. Pour toujours.

Sept millions d’électeurs viennent de le hurler et c’est eux que l’on fustige : « Il faut faire barrage et gna gna gna… » Allez-vous-en, vous tous en qui nous avions mis notre confiance, et qui avez trahi. Allez-vous-en, patrons incapables, qui avez du sang sur les mains. Va-t’en du perchoir, toi qui, avant, paradais en perroquet flamboyant et, maintenant, battu, humilié, n’as plus à offrir au regard que la chair flasque et blanchâtre du poulet-bicyclette étique et déplumé.

Alors, et alors seulement, la « politique », c’est-à-dire l’art de diriger la cité, reprendra sa place, dévouée et magnifique.

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