Au début de l’histoire, il n’était rien. Pas même un griffonnage sur un vulgaire bout de papier. Puis, en une seconde malsaine, un jour de juin 2009, il a germé dans la tête d’un passionné. Ce créateur lui a donné l’apparence d’un homme, très grand, très mince, au visage informe. Parfois ses bras fondaient en d’abominables tentacules. Face à son écran, penché sur l’océan du Web, le démiurge décida d’insuffler une parcelle de vie à l’ectoplasme numérique. Vicieusement, à coup de clics, il brancha les organes de la créature à la gégène de l’existence informelle.

Le « Slender Man », l’homme au corps fin, commença à apparaître sur des photos anodines. Du fond d’une aire de jeux, il scrutait les enfants, préparant son festin d’innocence. Le créateur diffusa les vrais faux documents, et les clichés retouchés essaimèrent dangereusement, d’un site à l’autre comme les rats changent de bourg en temps de peste. La blague de potache n’aurait pas été drôle si l’auteur du canular n’avait ajouté des commentaires très sérieux aux photographies.

Slender Man gagnait en crédibilité, surtout évidemment auprès des âmes fragiles, celles des enfants englués la journée entière dans la Toile (d’araignée). C’était excitant, car tous les enfants du monde aiment jouer à se faire . Les parents d’aujourd’hui, abandonnant paresseusement leur progéniture aux écrans, n’y ont pas pris garde. Car Victor Surge, de son vrai nom Eric Knudsen, le créateur du monstre, avait réussi à forger de toutes pièces une légende urbaine, celle d’un démon flou enlevant les enfants. Légende atroce, comme toute légende urbaine, puisant sa force dans d’étranges vérités, celle des pédophiles prédateurs en l’occurrence. Un peu comme la rumeur des cabines d’essayage, naguère à Orléans, avait grandi sur le fumier de la traite des blanches.

Un enfant sur mille se laissa séduire, un sur cent convaincre, un sur dix voulut passer à l’acte, deux ou trois se saisirent de lames tranchantes. Parce que « Slender Man leur avait demandé de tuer », racontèrent les possédés aux forces de ! Les premières servantes du démon, le 30 mai dernier, furent deux gamines perdues du Wisconsin. 12 ans d’âge et de folie. Elles invitèrent une de leurs camarades de classe à jouer dans un bois et la massacrèrent de 19 coups de couteau…Par miracle, la victime survivra. Il y a quelques jours, apprend-t-on, c’est, dans l’Ohio, une fillette de 13 ans qui attaque sa propre mère au couteau de cuisine… Nouveau miracle, la victime est encore là pour témoigner : « Je rentrais un soir du travail et elle m’attendait dans la cuisine, avec un , un masque blanc […] Nous avons trouvé des écrits où elle faisait référence à Slender Man. Elle parlait de tuer. »

Le Slender Man symbolise ignoblement cette époque de vide. Où vérités et mensonges se mêlent en une étreinte répugnante, gluant dégoulinant à la face des plus . Le diable fait le buzz !

11 juin 2014

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