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Editoriaux - Politique - Sport - Table - 31 octobre 2014

Sivens : parce que la France n’est plus un pays de droit

Je vois, chers amis auteurs et lecteurs avec qui je partage cet écran, que vous êtes comme moi d’une prudence de Sioux. Nous voilà déjà samedi et peu de monde, jusqu’ici, n’a osé aborder l’épineuse question de Sivens. Après quelques jours de bla-bla en boucle, mines de circonstance et surenchère politico-démagogique, je me jette donc à l’eau.

Commençons d’abord par les obligations de circonstance : ma pensée va à la famille du pauvre jeune homme, à ses amis, ses frères, etc. Mourir à 20 ans, c’est très con, surtout quand on n’y est pas contraint pour aller défendre sa patrie – ce qui fut le lot de tant de jeunes gens dans les décennies et les siècles passés. Amen.

Pourquoi Sivens, donc ? Sivens qu’hier je ne connaissais pas, et vous non plus, peut-être. Pourquoi un sinistre “dégât collatéral” dont on ne sait encore exactement dans quelles circonstances il s’est produit, mais dont l’exploitation éhontée n’a d’autre visée que la politique politicienne ? Eh bien parce que la France, à l’évidence et quel que soit le domaine concerné, n’est plus un pays de droit.

Résumons : nous avions à l’ouest Notre-Dame-des-Landes. Nous avons maintenant “Notre-Dame-des-Landes du Sud-Ouest”, appellation labellisée. Y sont réunies, nous dit-on, plusieurs associations de défense de l’environnement au sein du « Collectif pour la sauvegarde de la zone humide du Testet », lesquelles reçoivent le soutien de la Confédération paysanne. À côté de ces militants réputés pacifistes, on trouve des “zadistes”, installés pour certains depuis un an pour protéger la “zone à défendre” du Tarn. Dans la nuit de samedi à dimanche les auraient rejoints “100 à 150 anarchistes encagoulés et tout de noir vêtus”, armés et bien décidés à casser du flic. Un brave garçon y a laissé la vie.

Cécile Duflot de dénoncer aussitôt “une tache indélébile sur l’action du gouvernement”, aussitôt rejointe par José Bové, puis l’ineffable Noël Mamère qui exige l’arrêt du chantier car “on ne construit pas un barrage sur un cadavre” . En revanche, ça ne défrise personne de se refaire une virginité politique sur le même cadavre. Gouvernement compris.

Car c’est exactement ce qui s’est produit à Notre-Dame-des-Landes, qu’on a laissée se transformer en camp retranché, véritable zone de non-droit où végètent hippies et punks à chien, vieux chevelus qui ne se sont pas coiffés depuis le Larzac et routards en mal de castagne.

Après la manifestation ultra-violente qui vit exploser le centre de Nantes, Jean-Marc Ayrault capitulait. Le 28 février 2014, il annonce renoncer à l’évacuation du site tant que les derniers recours juridiques des opposants ne seront pas épuisés. Soit en… 2017. Passe au suivant. Un mois plus tard, contre toute attente, le PS conserve la mairie de Nantes grâce au soutien d’EELV. Valls croit, lui aussi, se les mettre dans la poche et leur propose un grand ministère de l’Écologie, avec l’Énergie et les Transports. Et, sous-entendu, la fin de Notre-Dame-des-Landes. Mauvais calcul : Duflot fait sa mijaurée. C’est Ségolène Royal qui va passer le rabot : sur Notre-Dame-des-Landes où il est urgent d’attendre, sur l’écotaxe (1 milliard d’euros pour le contribuable), et sans doute demain sur Sivens… Les Verts ont quitté le gouvernement et lui crachent aujourd’hui à la gueule. Ce n’est pas avec eux que François Hollande et Manuel Valls vont se refaire. Duflot pense, elle aussi, à 2017, se rêve en Jeanne d’Arc côté cheval et crottin ; déjà, Mélenchon la rejoint.

On apprend que ces pseudo-pacifistes qui sillonnent nos campagnes de l’Ouest rackettent les commerçants du coin (il faut bien manger !) au nom de “l’impôt révolutionnaire” et posent des barrages routiers pour rançonner les automobilistes. Qu’ils attaquent dans le Tarn les exploitations des agriculteurs favorables au barrage. En toute impunité.

Je n’ai pas les éléments pour juger ces projets sur le fond. Je constate seulement qu’on arrête sans ménagement les piétons de ma Manif pour tous mais qu’on laisse complaisamment se développer le “zadisme”, mouvement anti-État ultra-violent et, celui-là, réellement antidémocratique.

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