Quand j’avais dix-huit ans, seuls les idiots du village n’obtenaient pas leur permis de conduire. Le paysan moyennement alphabétisé y parvenait sans peine, parfois au prix d’un deuxième essai, puis achetait sa 2 CV. Et feu le service militaire permettait à beaucoup de garçons d’obtenir le précieux carton rose. En revanche, à peine la moitié d’une classe de terminale obtenait son baccalauréat.

Aujourd’hui, c’est le contraire : 90 % des candidats sont reçus au bac, même si, pour beaucoup, l’imparfait du subjonctif, voire le passé simple, sont terra incognita. C’est après que commence pour eux le choix cornélien : qu’est-ce qui sera le moins difficile, le permis de conduire ou le concours d’entrée à Polytechnique ?

Car, à mesure qu’on multipliait panneaux, interdictions, obligations, feux tricolores, ronds-points, etc., et que plus un mètre carré du paysage n’est dépourvu de marquage au sol, on a compliqué à loisir l’examen théorique du permis. Et à la classique épreuve pratique en ville, on a ajouté l’épreuve sur autoroute, la mécanique et la sécurité. Pourquoi pas, demain, un test sur neige, verglas, anneau de vitesse ou par temps de brouillard ? Puis sur deux roues, une main dans le dos, les yeux bandés avec stage obligatoire d’un mois chez Rémy Julienne ? Si l’on échoue aujourd’hui à sa première épreuve de conduite dans une région métropole, l’ensemble de l’affaire pourra prendre un an !

Pourtant, en matière de sécurité, il n’y jamais de limite théorique. Que l’on apprenne la chirurgie ou le pilotage aérien, il y a forcément un jour où votre instructeur sort de la salle d’opération ou descend de l’avion et vous dit « Continue tout seul… » Alors, on se lance, on y va doucement, et on s’améliore par la pratique et l’expérience. En Belgique, le permis n’a été institué qu’à partir de 1965 : les Belges qui conduisaient avant cette date n'avaient pas besoin de passer l'examen, il leur suffisait d’être majeur. Aux États-Unis, on peut couramment réussir son permis sans passer par une auto-école, et commencer la conduite accompagnée à 14 ans et 8 mois. Pour autant, ces pays ne sont pas des pépinières de fous du volant.

Notre permis est un des plus chers du monde (coût moyen : environ un SMIC), et c’est l’examen le plus tenté : un million et demi de candidats par an. Si l’on calcule bien, ce sont plus de deux milliards d’euros que des familles, pour la plupart modestes, doivent mettre sur la table pour qu’un seul de leurs rejetons ait le droit de se déplacer (condition souvent indispensable pour trouver un des rares emplois encore disponibles).

D’ailleurs, quiconque a eu un « apprenant » dans son entourage a pu constater que les auto-écoles n’apprennent pas à conduire, mais seulement à réussir l’examen, ce qui est très différent… La réformette proposée — abaisser la conduite accompagnée à 15 ans et demi — ne changera évidemment rien à l’affaire. Le vrai changement consisterait à éliminer les questions baroques de l’examen théorique, et à simplifier les épreuves de conduite. Nos en ont grandement besoin.

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20 juin 2014

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