En pleines fêtes de Pâques, l’affaire de la RATP refusant une publicité faisant explicitement référence au christianisme s’annonce passionnante. Elle illustre combien les petits faits sont plus significatifs que les grands. On nous tympanise de querelles d’experts, d’études sociologiques, de débats à l’Assemblée… Et qu’en apprend-on vraiment ? Généralement rien.

Tandis que l’évolution de ce service public emblématique, bien de chez nous, avec ses privilèges, sa vieille tradition cégétiste, son comité d'entreprise milliardaire et sa médecine maison, nous en dit beaucoup plus. Pour refuser ses espaces à une population civile martyrisée, la RATP a d’abord évoqué une "neutralité du service public". On ne l’avait pas remarquée devant les publicités pour des produits 100 % halal et autres clins d’œil limpides au public musulman. Un peu gênée ensuite par le début de bronca, elle a pondu une explication encore plus ébouriffante : le refus de "prendre part dans un conflit de quelque nature que ce soit", comme si l’on pouvait mettre sur le même pied une guerre classique et le génocide délibéré de populations innocentes sur critère religieux ! Cent ans jour pour jour après le martyre des Arméniens, ceux qui rappellent sans cesse "les heures les plus sombres de notre histoire" ont pour une fois une vraie occasion de s’étrangler.

Mais pour qui sait lire entre les lignes, le site Internet de la RATP annonce honnêtement la couleur, puisque la régie se prétend "résolument engagée contre toutes les formes de discrimination", tout en se flattant de ce que "plus de 60 % des salariés recrutés en région parisienne sont issus de communes comptant sur leur territoire des quartiers classés en zone urbaine sensible". En décodé, on y pratique une discrimination à l’embauche, et pas vraiment en faveur des gens de foi ou de culture chrétienne… Cette pression interne à l’entreprise se double probablement d’une influence extérieure à forte odeur de pétrodollars, puisque après celui des bus, c’est le marché du métro de Riyad que vise la RATP. On ne saurait donc trop lécher des babouches aussi dorées… Un deuxième acte s’ouvre devant la justice, aujourd’hui saisie en référé, ce qui obligera beaucoup de gens à prendre position. Les juges d’abord. Impartiaux ou du " des c…", nous verrons bien. Les politiques ensuite, dont certains, même de gauche, ont déjà manifesté leur indignation. Mais surtout l’Église de France, dont quelques signes laissent espérer qu’elle sorte de sa torpeur et de sa trop longue tolérance, mot désignant aujourd’hui une vertu, mais dont le sens premier était une indulgence coupable pour le péché.

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6 avril 2015

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