Accueil Editoriaux « Si tu comprends le Liban, c’est qu’on t’a mal expliqué »

« Si tu comprends le Liban, c’est qu’on t’a mal expliqué »

Il aura fallu environ trois heures, ce 2 janvier, pour que la circulation si pittoresque de Beyrouth revienne à la normale. Vers 16 heures, Qoutaiba al-Satem a tenté de faire exploser une bombe devant un bureau du Hezbollah, le principal parti de confession chiite, dans le quartier populaire de Haret Hreik. Dysfonctionnement ? Mauvais réglage ? Il semble qu’un embouteillage ne lui ait pas permis d’atteindre sa cible. Ce sont donc de pauvres gens sans histoire qui ont péri dans l’explosion ; paix à leur âme… M. al-Satem, lui, « envisageait de poursuivre un parcours universitaire en France » (sic), expose la presse libanaise et internationale. Fichtre !

L’organisation de l’État islamique en Irak et au levant (EIIL), financée par les Saoudiens et les Qataris, revendique ce premier attentat au . Il s’agit de faire payer au Hezbollah son engagement – téléguidé par l’Iran – aux côtés du régime syrien (pour une explication complète, se reporter à l’Odyssée d’Astérix, page 36 et suivantes).

Rien de nouveau, malheureusement, sous le soleil de Beyrouth si ce n’est que, pour la deuxième fois, l’auteur de l’attentat-suicide est un « Libanais ». Le salafisme international pourrait avoir trouvé des relais dans la société sunnite libanaise (distincte des Palestiniens présents au Liban), ce qui serait aussi inquiétant que surprenant.

On pourra noter aussi que le Hezbollah est désormais la cible de plus en plus fréquente de frappes ou d’attentats jusque dans ses zones « historiques », ce qui laisse imaginer un affaiblissement de la frange armée du parti. Les mille tués en Syrie commencent probablement à peser.

Et les différents analystes de chaque camp de désigner les responsables : complot israélien (l’arlésienne), l’Arabie saoudite (pourquoi pas ?), le régime syrien (bien sûr !) et même le Hezbollah (audacieux). Chacun figé dans ses certitudes, ses amitiés, ses rejets.

Ce qui frappe l’observateur froid, c’est d’une part que le « traumatisme » dont parlent les médias occidentaux ne concerne pas les Libanais qui ne sont pas directement touchés par l’attentat ; et d’autre part, la résignation des gens qui ne fondent aucun espoir sur la classe politique ni sur la communauté internationale. Chacun pour soi semble être la règle… dans la limite des réflexes de chaque communauté bien sûr.

Ce qui inquiète l’observateur français, c’est la perte d’un brillant étudiant bien entendu, mais aussi les récentes déclarations d’amitié de M. Hollande au monarque finissant d’Arabie saoudite, empêtré au possible dans ces sales histoires… On se prend à rêver qu’il choisisse mieux ses amis.

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