« Si on essayait les cons ? » : la sortie stupéfiante de Bachelot sur le RN

Après avoir gouverné, Bachelot et Dupond-Moretti se découvrent une nouvelle mission : dire aux Français pour qui voter.
Capture d'écran RTL.
Capture d'écran RTL.

C’est leur grande tournée promo. À l’occasion de la sortie du livre Décidément non ! – Le RN : ce que nous ne pouvons pas taire (Plon), Roselyne Bachelot et Éric Dupond-Moretti enchaînent les plateaux pour expliquer aux Français pourquoi ils font fausse route. Les deux anciens ministres, qualifiés par leur éditeur de « résistants » en ces temps de « collaboration », dénoncent les « mensonges » du parti de Marine Le Pen. Invitée sur RTL, Madame Bachelot pense savoir pourquoi le RN caracole malgré tout en tête des sondages : « Il y a cette idée : on a tout essayé, on va essayer ceux-là. Comme disaient les Bidochon, on a essayé les gens intelligents, si on essayait les cons ? »

Les deux ex-ministres ne veulent surtout pas de l’alternance et entendent convaincre ceux qui peuvent encore l’être. « Il y a des gens qui ne seront jamais convaincus par notre bouquin : les Gudards, les vrais fachos, on ne va pas les convaincre ! », a estimé l’ancien garde des Sceaux. Est-il possible d’être en désaccord avec M. Dupond-Moretti sans être pour autant un « facho » ? Apparemment, non.

Un profond mépris

Cette sortie s’inscrit dans une longue série de déclarations visant le RN ou ses électeurs. En novembre 2025, sur la même radio, Alain Souchon déclarait : « Je ne crois pas que les Français soient assez cons pour élire quelqu’un du Front national pour diriger. » L’influenceur Karim Abderrahman avait, lui, commenté les données de l’étude Ipsos sur les législatives de 2024 par une formule lapidaire : « Plus t’es con, plus tu votes RN. » Même mépris à Hénin-Beaumont, en juillet 2026. Commentant un reportage de M6 consacré aux électeurs de Marine Le Pen, un compte pro-NUPES écrivait : « Heureusement qu'il y a les sous-titres, ils ne parlent pas bien français, ces fachos. »

Une prétention morale que rien ne justifie

En avril 2026, le chercheur du CNRS Hervé Joly avait également parlé, sur un ton plein de mépris, de « l’électorat Bac-3 » du RN. De là à glisser à la laideur physique, il n’y a qu’un pas : en 2015, pour les départementales, le site Le Kiosque au canard s’était amusé à recenser les candidats FN dont le physique, sur les affiches, était jugé laid ou risible…

Résumons : ceux qui s’entêtent à voter RN sont « les Gudards, les vrais fachos », des sous-doués, des « sans-dents » ou, tout simplement, des « cons ». Roselyne Bachelot et Éric Dupond-Moretti, eux, font partie des « intelligents ». Ils savent, ils ont fait de longues études. D’ailleurs, leur finesse d’analyse et leurs compétences ont fait des étincelles lorsqu’ils étaient aux affaires.

Le passage de Roselyne Bachelot à la Santé

À la Santé, Bachelot n’a pas seulement laissé le souvenir de la crise du H1N1. Sa loi HPST (Hôpital, Patients, Santé et Territoires), adoptée en 2009, a été vivement critiquée pour sa logique gestionnaire et le renforcement du pouvoir des directeurs d’hôpitaux. La tarification à l’activité, dont son ministère poursuivait le déploiement, a également fait l’objet de critiques sévères de la Cour des comptes. Devenue ensuite ministre de la Culture, elle avait une nouvelle fois brillé par son intelligence. Quelques mois après la fin de son mandat, elle affirmait qu’il était « impossible » de conserver toutes les églises, compte tenu du coût de leur entretien, et qu’une partie du patrimoine religieux du XIXe siècle ne présentait de toute façon pas « un grand intérêt »…

Passons à Éric Dupond-Moretti. L’ex-avocat a occupé la place Vendôme de 2020 à 2024 avec un bilan discutable, notamment sur le plan pénitentiaire. La sous-dotation carcérale n’a pas été résolue - le plan de 15.000 places, lancé en 2018, n’en avait livré qu’environ 4.500 en 2024 - et les capacités d’incarcération restent ridicules. On doit aussi au ministre du « sentiment d’insécurité » l’entrée en vigueur de la déplorable réforme de la justice pénale des mineurs. Le nouveau code instaure la procédure dite de « césure » : jugement rapide sur la culpabilité, puis période de mise à l’épreuve « éducative » avant le jugement sur la sanction. Un décalage dans le temps vivement critiqué par les pédopsychiatres qui préconisent, au contraire, de punir les jeunes délinquants le plus tôt possible après leur méfait.

Voilà donc les personnalités venues expliquer aux Français ce qu’il faudrait penser et pour qui il faudrait voter. Deux représentants d’un système qui a tout raté et qui ose, aujourd’hui encore, se faire passer pour l’élite intellectuelle du pays.

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Jean Kast
Journaliste indépendant, culture et société

Vos commentaires

229 commentaires

    • « En essayant continuellement on finit par réussir. Donc : plus ça rate, plus on a de chances que ça marche ». devise Shadok.

  1. Dégager du budget pour sauver les petites églises c’est très simple. Privatisation de l’odieux visuel de sévices poubelliques !!!! 4 milliards !!!!

  2. je suis surpris que ces deux petits vieux politicards la dénommée Bachelot et son acolyte le dénommé Dupont Moretti ne soient pas passés plutôt sur une radio gaucho de type France Inter pour vomir de telles insultes à l’encontre de ceux qui voteraient mal aux prochaines élections.
    A les voir , on peut comprendre que pour certains la vieillesse physique et mentale est un véritable naufrage.

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