Editoriaux - Entretiens - Société - Table - 17 novembre 2013

Si c’était à refaire, je recommencerais !

Entretien réalisé par Gabrielle Cluzel

Frigide Barjot, vous lancez aujourd’hui à Paris, à travers un « meeting-anniversaire fraternel, festif et mobilisateur qui commémorera la première manif du 17 novembre 2012 », la première Journée du référendum pour la constitutionnalisation du mariage et de la filiation. Un an s’est écoulé, en effet, depuis la première manif dont vous avez été l’une des principales instigatrices. Quel bilan dressez-vous de ce mouvement ? Échec ou acte fondateur ?

Sans conteste, acte fondateur. D’une certaine façon de faire vivre la démocratie en France, de descendre dans la rue pour autre chose que des intérêts catégoriels, ou des intérêts immédiats. Ce n’étaient pas les homosexuels qui étaient visés, et cela, les Français l’ont compris, comme ils ont compris que l’on remettait en cause, par cette loi, la filiation biologique. Ces Français-là sont descendus dans la rue dans une ambiance festive et familiale, un côté « bisounours » que l’on m’a beaucoup reproché mais qui était rassembleur. Rassembler, c’est ce que je veux faire aujourd’hui, en invitant tous les protagonistes des manifs de cet hiver, y compris ceux avec lesquels j’ai eu des divergences au moment du vote de la loi et avec lesquels je continue à en avoir sur le Pacte d’union civile, dirigeants nationaux comme responsables locaux de LMPT, à se retrouver dans un esprit apaisé et de liberté de conscience de chacun, sur un minimum commun : l’inscription dans la Constitution du mariage comme étant l’union de l’homme et de la femme en vue de la procréation. « Tous nés d’un homme et d’une femme ! ».

Évoquant le climat de contestation tendu actuel – et c’est un euphémisme –, Jean-Marc Ayrault a déclaré : « Il y a des signes qui montrent la montée d’un “tea-partysme” à la française, ce mouvement s’est cristallisé avec l’opposition au mariage des couples homosexuels. » Pensez-vous comme lui que cela a été le point de départ de la révolte ?

Oui, mais à cause de François Hollande. C’est sa faute parce que sa première grande action a été de vouloir bouleverser et de désorganiser les structures de la société, ce que les Français n’allaient pas laisser faire dans l’indifférence. Et aussi parce que sa radicalisation a radicalisé. S’il avait traité autrement les opposants au mariage entre personnes du même sexe, les choses auraient tourné différemment. Bien sûr, d’autres préoccupations, plus immédiates comme nous disions tout à l’heure, comme le pouvoir d’achat, sont venues se rajouter. Depuis que j’ai quitté LMPT, il y a indubitablement, parmi certains, un vent de “Tea Party” et une radicalisation que je ne partage pas. Mais je constate que lorsqu’elle vient de la droite, la radicalisation est factieuse, et quand elle vient de la gauche, elle est sympa et révolutionnaire.

Après toutes les attaques dont vous avez fait l’objet, le lynchage médiatique, les diffamations, et jusqu’à tout récemment l’expulsion de votre logement, avez-vous des regrets ?

Un lynchage qui n’est pas terminé… Je trouve ça terriblement dur mais le combat est essentiel puisqu’il s’agit de la mise à mal de la dignité même de l’être humain. (Qui se révèle aussi à travers l’euthanasie, mais je ne peux pas être sur tous les fronts.) Donc, évidemment, sans hésiter, je recommencerais si c’était à refaire.

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