Editoriaux - Société - Table - 24 octobre 2014

Quand le sexe se banalise à l’école

De l’école, nous gardons quelques jolis souvenirs : un instituteur qui nous a ôté la phobie d’une matière, des parties de gendarmes et voleurs qui valaient bien deux tours de stade à fond la caisse, des amitiés passionnelles et des premiers émois qui nous faisaient rougir comme des pivoines. Et puis, il y avait aussi des vexations et de méchants croche-pattes. Des aléas banals, en somme. L’école nous apprenait, avec plus ou moins de succès, à savoir nous défendre.

Les temps ont changé. Et les jeux aussi. Selon l’ACPE, une association qui se bat contre le tourisme sexuel, 5.000 à 8.000 mineurs se prostitueraient en France avec, en ligne de mire, les enfants entre 10 et 14 ans. “C’était l’âge des premiers baisers, c’est devenu celui des premières fellations”, dit Gisèle George, pédopsychiatre. Charmante évolution quand les collégiennes trouvent normal, en échange d’un cadeau, de prodiguer des gâteries dans les toilettes, ou d’être prêtées à des copains. À se demander si les effets des ABCD de l’égalité, du « respect », tout ça, ne sont pas inverses de ceux recherchés. À moins que…?

Alors, que faire pour éradiquer la prostitution (volontaire) des enfants ? Pour la philosophe Inès Pélissié, il s’agit de lutter contre “la malbouffe sexuelle”» comme on lutte contre “la malbouffe alimentaire”. Parce que le sexe est devenu le “junk sex”, un produit de consommation rapide. En somme, le sexe à 12 ans, d’accord, mais attention : ni à la sauvette, ni dans les chiottes entre le cours de français et celui d’éducation civique ?

Et puis, le problèmes des filles, c’est qu’elles ont été hypersexualisées : ça leur a mis le cerveau tout de travers. Elle se prennent pour des produits de consommation rapide et jetables. « Bitch » (salope) est même un qualificatif couru. Ça en impose, surtout aux garçons du même âge – même ceux qui habitent les beaux quartiers, tout fout le camp – qui aiment jouer à “Action ou Vérité”. Fellations encore, mais aussi sodomie – on n’arrête pas le progrès – tout à fait consenties par les ingénues demoiselles. Enfin, à condition de ne pas être filmées. Dans ce cas, elles porteront plainte. Il ne faut quand même pas pousser le bouchon trop loin.

Si la rééducation au sexe long, donc, plutôt que rapide ne fonctionne pas, les enseignants disposent d’une boîte à outils : “le kit pédagogique, une sorte de mode d’emploi, de la maternelle au collège, pour aborder les abus et les violences sexuelles.” Tiens, c’est bizarre, ces gamines semblent bien dégourdies… Aux enfants de maternelle, l’enseignant devra leur apprendre “à savoir dit non, à identifier un danger pour soi, à exprimer ses émotions, et à appeler un adulte en cas de danger”.

Mais alors, si l’enfant dit “oui” parce qu’il n’a pas conscience du danger, qu’il ne sait pas exprimer ses émotions – ce qui est le cas à ces âges-là –, le sexe, pour des petits garçons et des petites filles de 3 ans, c’est normal ?

Se pencher sur la banalisation du sexe à l’école alors que, dans le même temps, des fonctionnaires de l’Éducation nationale emmènent des garçons de 9 à 14 ans d’un Institut médico-social – prenant en charge des enfants déficients intellectuels ou polyhandicapés – à l’exposition « Zizi sexuel » où, en jouant avec des pédales, ils verront érection et éjaculation, ce ne serait pas – comment dit-on, déjà ? – du foutage de gueule ?

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