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J’ai lu, il n’y a pas longtemps, que la délicieuse Fiammetta Venner, entomologiste de l’extrême droite, fascinée par les nouvelles hordes brunes au point de leur consacrer sa thèse de doctorat, avait mis en lumière dans ladite thèse un fait d’une aveuglante clarté : le principal poste budgétaire des groupuscules d’extrême droite, ou de "droite nationale", comme on dit, n’est pas consacré à l’activisme armé, à l’édition de tracts, au prosélytisme de rue, comme le ferait tout fascisme intégrateur digne de ce nom (l’islamisme, par exemple). Non : l’essentiel des cotisations réactionnaires est dépensé dans l’organisation de manifestations de l’entre-soi. Salons littéraires en circuit fermé, colloques de consanguins, défilés triés sur le volet, lecture de textes que tout le monde connaît par cœur, manifs citoyennes en chaussures bateau... Tout homme qui a fréquenté ces milieux, de près ou de loin, ne pourra que saluer la justesse de l’analyse de Mlle Venner qui, disons-le au passage, est sans parenté avec Dominique, je crois.

Les gens de la droite nationale ne se retrouvent qu’entre eux, pour se reconnaître ou s’exclure mutuellement ; ils ne se retrouvent, d’ailleurs, souvent entre eux que pour mieux se critiquer, avant d’éclater en une multitude de groupuscules. Une telle bêtise stérile ne se rencontrant avec une telle pureté, me semble-t-il, que dans le trotskisme.

De ce goût de l’entre-soi découle logiquement un masochisme millénariste érigé en dogme : « Nous sommes les derniers de notre espèce, les survivants, les chrétiens des catacombes, les témoins d’un monde qui passe, les persécutés, nous allons perdre mais avec panache… » Ah ! L’aura-t-on assez remâché, ce goût morbide, très droitier, de la belle défaite ! Les croisades, les templiers, Cyrano, Athos, le serment de 1914, la mort de Boieldieu dans La Grande Illusion, de Renoir, les livres de Jean Raspail, les cathos tradi, les Veilleurs qui se laissent frapper et veulent changer le monde en chantant "L’Espérance" sur les marches de la mairie, mais aussi Camerone, Bazeilles…c’est ainsi : la France de droite, ainsi qu’il est convenu de l’appeler, aime la belle défaite, au point de se mirer dans ses eaux glaciales, avec une certaine complaisance. Ce faisant, elle va dans le fameux « sens de l’histoire » récupéré par la gauche, admettant en creux qu’elle est condamnée à perdre, mais qu’elle le fera proprement, avec honneur, en grande tenue et musique en tête.

D’où cet incroyable paradoxe : la gauche, sectaire et bornée, a réussi pendant cinquante ans à se faire passer pour le parti de l’intelligence ; elle est aujourd’hui sans adhérents, mais elle dépense et se dépense pour diffuser ses idées : associations, relais médiatiques, réécriture de l’Histoire, terrorisme intellectuel, sabotage culturel, subversion des enfants ; la gauche est en train de perdre, mais elle veut gagner avec une absurde énergie. La droite, au contraire, est en train de regagner du terrain dans les domaines intellectuel, culturel et même médiatique, mais elle préfère bouder dans la posture du perdant magnifique, un peu comme de Gaulle quand il n’était pas (ou plus) aux affaires.

La grande bataille française, métaphorique, où l’honneur et la beauté du geste ont primé sur la tactique, était celle de Crécy. Ce jour-là, la chevalerie française en armure de parade, oriflammes au vent, s’est fait clouer sur place, dans la boue, par les archers anglais, mobiles et rapides – et qui surtout, eux, avaient envie de gagner, c’est tout. À Crécy, la fine fleur de la chevalerie fut achevée au couteau, à la tombée de la nuit. L’histoire ne dit pas si leur tête regardait vers l’Orient. L’heure, pour nous, ne serait-elle pas plutôt venue de rêver, loin de l’aigreur et du confinement, d’un autre soleil d’Austerlitz, ou d’un nouveau dimanche de Bouvines ? En France, la victoire, aussi, peut être belle.

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1 février 2015

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