Service national universel : vers la propagande obligatoire ?

SNU

Idée sortie du chapeau d’Emmanuel Macron, qui en avait fait une promesse de campagne en 2017, le service national universel (SNU) revient sur le champ de manœuvres politique.

L’abandon du service militaire a laissé des regrets, tant à droite, où l’armée incarne des valeurs d’ordre, de discipline et de patriotisme, qu’à gauche, parce que la conscription était un élément historique de la citoyenneté, créé par la Révolution française et porteur d’une dimension égalitaire. Rite républicain de passage à l’âge adulte (si tu fais ton service, tu seras un homme, mon fils…), elle est aussi censée avoir facilité l’intégration d’éléments d'origine étrangère au sein de la nation. Après les émeutes de 2005 dans les banlieues, cette conviction conduisit les autorités à créer un « service civil volontaire », devenu depuis « civique », qui a attiré 132.000 jeunes en 2020.

Insuffisant, aux yeux d’Emmanuel Macron ! Lui-même n’a pas cru bon de faire un service militaire. Néanmoins, il inscrit dans ses promesses de campagne, en 2017, la création d’un service national universel (SNU), obligatoire, qui donnerait aux jeunes Français âgés de 18 à 21 ans « une formation militaire élémentaire ». Mais il s’agit surtout, explique-t-il, d’« un véritable projet républicain, qui doit permettre à notre démocratie d'être plus unie et d'accroître la résilience de notre société ».

Une commission est mise en place, dirigée par un général, et les grandes lignes du projet sont présentées en Conseil des ministres en juin 2018 : finalement, chaque année, plus de 700.000 jeunes de 16 ans seraient embrigadés pendant un mois, dont quinze jours en « intégration avec un brassage social et un hébergement collectif », dixit le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer.

Service… ou servitude ?

Très vite, les critiques pleuvent, venant surtout de la gauche. Le blog Mediapart voit ainsi, dans le futur SNU, « une sorte de colonie militaro-policière d’État, structurée autour d’une pédagogie autoritaire, viriliste et traditionnelle », et s’effraie qu’« au-delà de la forme pédagogique traditionnelle, les éducateur·rices mobilisé·es dans ces dispositifs pédagogiques [soient] très majoritairement des hommes blancs plutôt âgés ». Pest.e !

Pour apaiser ces inquiétudes, Sarah El Haïry, secrétaire d’État à la Jeunesse, précise, en septembre 2022, que pendant ce « service civil et citoyen », les jeunes n’apprendront pas « le maniement des armes » : exit l’alibi « mili », il ne s’agit plus que de « vivre un temps de République en actes ». Avec un bel optimisme, Sarah affirme que « la jeunesse bouillonne d’envie de participer à la vie citoyenne ». Une manière d’anticiper le bouillon ?

Car le SNU ne soulève pas l’enthousiasme. En 2022, il n’attire que 32.000 volontaires : 100.000 de moins que le service civique ! En outre, le 27 février 2023, le magazine écolo-gauchiste Politis révèle le contenu d’un document de travail « qui n’avait pas vocation à être publié », selon l’Éducation nationale, mais a néanmoins « fuité » sur le site Internet du ministère. Il confirme que le gouvernement envisage de rendre le service national universel obligatoire pour tous les adolescents des classes de seconde et de première CAP (ces derniers étant mineurs, les parents seront-ils consultés ?).

Un « séjour de cohésion » de douze jours serait organisé « pendant le temps scolaire ». Au programme de ces Jeunesses macroniennes : lever des couleurs et « Marseillaise », qualifiés de « rituels républicains ». En outre, « plusieurs modules seraient […] imposés sur des enjeux liés à la défense, à la sécurité intérieure, à la mémoire, à la transmission des "valeurs de la République" ainsi qu’à la biodiversité et au développement durable. » C’est beau comme un inventaire à la Prévert. L'inénarrable Marlène Schiappa se félicite qu’il comprenne même « une journée consacrée à l’égalité entre les femmes et les hommes », ce qui aurait en effet manqué au tableau. Coût du stage de propagande : deux milliards d’euros par an, selon l’évaluation très optimiste du gouvernement. Presque rien, pour un Président qui a fait du « quoi qu’il en coûte » sa marque politique…

Ce ne serait en effet pas cher pour remédier aux fractures et divisions sociales en rendant la citoyenneté française attrayante pour les jeunes issus de l’immigration, mission que l’Éducation nationale échoue à remplir. On peut toutefois douter qu’il suffise de contraindre l’ensemble de la jeunesse à participer à une sorte de jamboree républicain obligatoire pour remédier à cet échec de l’école et aux conséquences de l’immigration de masse – surtout si l’obligation se heurte aux réticences des adolescents. Un bras de fer de plus pour le gouvernement ?

Éric Letty
Éric Letty
Journaliste

Vos commentaires

25 commentaires

  1. Je vis le SNU de l’intérieur pour m’occuper d’une association de Cadets de la Gendarmerie. Je sais que le SNU ne résoudra pas la dérive morale et civilisationnelle d’une partie de notre jeunesse. Deux raisons : la durée est dérisoire et la responsabilité du SNU dévolue à l’Education Nationale qui est déjà en faillite sur sa mission première. Il y a une rupture culturelle entre ce milieu et les objectifs de préparation à la citoyenneté active du dispositif, il faut en être conscient et l’admettre comme point préjudiciel. Par contre je vois qu’il existe UNE jeunesse qui veut donner et servir et cela est immensément rassurant. Que ce soit dans la Défense, les services de Secours, la Police ou la Gendarmerie, ces jeunes découvrent des voies pour s’accomplir. Et, chose étonnante (encore que !), les filles y sont deux fois plus nombreuses que les garçons, question de maturité peut-être. Pour toutes ces raisons je crois qu’il faut cesser de crier Haro sur le baudet. Soutenir le SNU ce n’est pas soutenir Macron, pas plus qu’être militariste, mais seulement protéger une petite lueur d’espoir pour l’avenir de notre pays, rien que cela en effet.

  2. Et si on supprimait ces 15 jours de « colo » obligatoires et parfaitement inutiles, on aurait pas les moyens de garder la retraite à 62 ans?
    Le service, il doit être militaire, pour tous et de 12 mois minimum. Sinon ça ne sert qu’à faire croire que Macron n’a pas menti.
    On ne devient pas français en 15 jours de stage photocopieuse.

  3. suite de mon commentaire précédent
    « En effet, en 1999, à bord du porte-avion Foch, des marins s’étaient mutinés pour s’insurger contre des frappes sur le Kosovo, considéré comme un sanctuaire islamique. En 2009 des militaires musulmans refusaient de partir en Afghanistan contre leurs frères de religion. »
    BV 14 12 2015

    • J’avais appris cela fortuitement bien des années plus tard .Cela en dit long sur la « fidélité » à la Nation …

  4. Ne pas oublier que le service militaire a été supprimé car il coutait fort cher à la France , que le temps était passé ou on envoyait des hordes de chair a canon sur les champs de bataille , de nos jour même le fantassin est un technicien de haut niveau qui doit maîtriser des armes de plus en plus complexes.
    Et puis , raison non dite , la diversité (déjà) qu’il était difficile à gérer , il ne s’agissait plus de former des Auvergnats , des Bretons , des Provençaux , etc , mais des immigrés qui n’avaient aucune intention de mourir pour la nation France , certains avaient une nation suprême liée à leur religion conquérante.

    • Vous avez une image idéalisée de l’armée.
      Nous avons un échantillon d’armée dans laquelle un bon tiers des soldats ne sont là que pour faire baisser les chiffres du chômage.
      Les autres, les vrais guerriers, ils s’inscrivent dans des clubs d’airsoft pour apprendre à se battre tant l’entraînement interne de l’armée est limité.

  5. Où comment une structure créée et gérée par l’état prétendrait faire en 12 jours ce qu’une autre structure, l’éducation nationale, n’aurait pas été capable de faire en 12 à 15 ans. Il est vrai que dépenser 2 milliards par an dans cette plaisanterie ne pose visiblement pas le même problème de financement que le système de retraite qui, lui, serait en danger de mort pour un déficit ponctuel à peine supérieur certaines années. Ce pays n’est plus gouverné. Il est entre les mains de malades mentaux à qui certains français ont donné le pouvoir de faire n’importe quoi et à n’importe quel prix.

  6. J’ai effectué mon service militaire en 1971 est j’en garde un bon souvenir et je n’en suis pas mort! Bien au contraire cela m’a appris a vivre en communauté, la solidarité et la fraternité. Mais que voulez vous depuis que Monsieur Chirac à suspendu le service militaire, nous avons fait de notre jeunesse des guimauves.

  7. « la jeunesse bouillonne d’envie de participer à la vie citoyenne ». Parfait ! Alors que cette jeunesse bouillonnante participe au nettoyage des rues de Paris, à l’accompagnement des personnes âgées ou handicapées, au nettoyage des berges du moindre ruisseau etc.

  8. Je trouve ce SNU une très bonne idée. Quand les rejetons des bobos et des classes aisées se seront frottés un mois à la jeunesse des banlieues dans la même caserne, avec tous les problèmes de violence et de harcèlement que cela ne va pas manquer de créer, ils seront peut-être moins enclins à défiler pour défendre l’immigration et certaines autres idées de gauche. Le RN n’aura plus qu’à recruter à la sortie de la caserne.

    • Quelles casernes? Elles ont été vidées puis vendues pour pas grand chose. Celles qui ne le sont pas encore se délabrent tranquillement. Et puis, comment ne pas s’effrayer du coût de tous ces aménagements de dortoirs et de toilettes adaptés à ces innombrables genres dont on ne finit pas d’en découvrir de nouveaux à chaque jour qui passe ? Sans compter que chez les militaires on n’a pas besoin d’équipements pour obèses ou handicapés moteurs puisqu’on ne les recrute pas…

      • Oui, vous touchez exactement le fond du problème : où, avec qui et comment?
        De plus, la mission d’un Soldat n’est pas d’encadrer des colos.

      • Voilà qui est bien dit, j’ajouterai que distributeur de poudre de perlin pinpin ne sait vraiment pas comment faire pour gaspiller notre argent…

  9. Des professeurs se sont insurgés au constat que ce sont des anciens militaires qui allaient œuvrer au sein de ce SNU et non l’éducation nationale. Mais que n’ont-ils perpétué ces leçons de civisme et de morale, les vraies, celle de leurs anciens pas celle d’un progressisme débridé et dévastateur qui détruit les capacités de réflexion de nos têtes blondes et ce depuis 68. Ce qui leur manque, tout comme à nos politiques aveugles, c’est la vision à long terme d’évolution du monde. Le consumérisme et la jouissance ont tué le patriotisme. Seul rempart jusqu’à ce jour l’Armée. IL en est pour preuve le nombre de sites sur FB d’anciens soldats nostalgiques de ces années passées sous les drapeaux.

  10. Les jeunes français n’ont pas à souffrir des conneries des politiques. Qu’ils se révoltent et nous les accompagnerons !

    • Et encore quelques jours de moins pour les élèves pour apprendre à lire et à compter… et quelques jours de plus aux profs sans doute iront-ils suivre des stages de deconstruction !!!

  11. Ce S.N.U. est un mauvais ersatz du service militaire obligatoire. Un emplâtre sur une jambe de bois qui ne servira à rien. Encore une idée de l’acteur de théâtre de lycée. Au fait, a t’il fait le service militaire lui ?

  12. On leur fera chanter la marseillaise pour la photo. Mais qu’est-ce qu’ils vont prendre dans la tronche en leçon d’inclusivité, de minorités opprimées, de développement durable…en un mot de toute l’idéologie bienpensante occidentale qui n’est plus prise au sérieux qu’en occident. Et puis, les blancs bien sages vont se faire défoncer de culpabilisation et il se peut qu’ils en prennent même plein la gueule, au sens propre. Ceux qui croient que cela va éduquer les délinquants sont bien naifs. Après l’injection incertaine, maintenant c’est avec le service universel (avant de les envoyer sur le front ukrainien ?) que les adultes veulent se protéger… sur le dos des jeunes. Oui, les adultes veulent se protéger… sur le dos des jeunes.

  13. Comme souvent,dans l’esprit anti-patriotique de Macron,il s’agit de répandre une illusion destinée à satisfaire les naïfs qui s’imaginent encore que cette figure de proue du mondialisme s’intéresse à la cohésion nationale.
    En pratique,il nous prépare un fourre-tout abominable,totalement irrationnel ,absurde et qui,en fait sera une véritable usine à gaz.
    Depuis la suppression du service militaire,on s’aperçoit que celui-ci donnait une forme d’harmonie citoyenne en mélangeant les classes sociales dans un creuset d’intégration.De plus,il contribuait à lutter contre la dévirilisation qui devient problématique dans ce pays!En l’état actuel des choses,il serait délicat,hélas,de l’imposer sous son ancienne configuration.

  14. Sacré Manu, il a dû se faire un sacré plaisir en écrivant sur un bout de papier, sur un coin de table, entre l’apéritif sur la terrasse, et le repas de poisson grillé, lors d’un week-end au Touquet ou à Brégançon : « un véritable projet républicain, qui doit permettre à notre démocratie d’être plus unie et d’accroître la résilience de notre société », le tout sous le regard énamouré de Brigitte.
    Digne d’un de ses discours grandiloquents et soporifiques qu’il a pour habitude de s’adresser à lui-même.
    Pompeux à souhait l’Emmanuel, mais toujours d’une inutilité flagrante, sauf évidemment pour ses sbires, sa smala, et les membres de sa secte LREM-Renaissance, et associés ex LR, PS, etc.

    • Ne seront admis à participer à cette comédie que les jeunes capables d’expliquer ce que veut dire le président par « un véritable projet républicain, qui doit permettre à notre démocratie d’être plus unie et d’accroître la résilience de notre société ». Autant dire que personne n’en sera capable…

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