C’est la dernière annonce d’un président qui veut « prendre » la France par sa jeunesse, et force est de constater que, jusqu’ici, la conquête est difficile. Ça ressemblerait même à un râteau. Alors il faut s’attendre à voir se multiplier les bonus : prime par ci, allocation par là, emplois aidés, service civique, et maintenant SMV pour « service militaire volontaire » (à ne pas confondre avec les engagés volontaires). Soit la version métropolitaine du « service militaire adapté », réservé jusqu’ici aux jeunes des départements d’outre-mer.

François Hollande en a fait l’annonce lundi, lors d’une de ses balades de santé : sept centres vont être créés, trois cette année, quatre l’an prochain.

Il s’agit de former des jeunes sans qualification dans un cadre militaire. Ce qui n’est pas une mince affaire, disait hier matin le général Loiacono, actuel responsable du SMA, sur RTL : 60 % des jeunes qu’il reçoit n’ont pas le niveau BEPC ; pire : 44 % sont illettrés.

Il s’agit officiellement d’un « dispositif militaire d’insertion professionnelle » destiné aux 18-25 ans, mais la réalité, dit ce monsieur, c’est que la première nécessité est un « apprentissage social ». On tente une remise à niveau minimum (au moins savoir à peu près lire et écrire), et une socialisation tout aussi minimum : se lever, soigner sa tenue, prendre des repas à heures fixes, dire bonjour, respecter des règles… Après, et après seulement, on tente de leur inculquer des rudiments professionnels pour les orienter vers la vie active.

Le coût de la farce ? Mystère. François Hollande n’en a rien dit. On aurait consacré 212 millions à ce dispositif en 2013, pour 5.000 jeunes accueillis dans les DOM. Soit une dépense de 42.400 euros par tête pour 16 mois de formation. Le ministre des Outre-mer assure que 77 % des jeunes passés par le SMA ont décroché un emploi « durable » (6 mois et plus). Le général Loiacono est moins optimiste. Et quand Yves Calvi lui demande si l’armée a recruté des hommes de troupe parmi ces braves jeunes gens, la réponse est franche : leur niveau général est trop faible, à peine 10 % peuvent y prétendre. On renvoie donc ces jeunes dans le civil, vers des emplois « adaptés à la culture locale » quand ils sont à Mayotte, à la Guadeloupe ou à La Réunion. Mais ici ?

Résumons : une fois de plus, on demande aux militaires de jouer les nounous. Pas seulement pour faire le pied de grue devant les synagogues, les mosquées et maintenant les églises. Aujourd’hui, en plus de la protection des citoyens et de la guerre au bout du monde, on leur demande carrément de se substituer à un système éducatif totalement défaillant. Avec ce constat : il faut désormais des militaires pour tenter de construire là où l’école de la République a lamentablement échoué. Et ce n’est certes pas la réforme imbécile et pompeuse de Najat Vallaud-Belkacem qui arrangera les choses.

Paradoxalement, le budget et les effectifs de l’armée sont rognés chaque année, mais pas celui de l’Éducation nationale, qui est redevenu le premier budget de l’État. Et François Hollande n’a pas renié sa promesse de recruter 60.000 enseignants d’ici la fin de son mandat.

Pourquoi l’un et pas l’autre ? Sans doute parce que l’armée est toujours la grande muette, ficelée, ligotée et corvéable à merci, contrairement à l’Éducation nationale, en grève tous les 8 jours, et dont les syndicats sont les plus braillards du marché.

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29 avril 2015

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