[SÉRIE] Fauda : les traumatismes du 7 octobre au cœur de la saison 5

L’intrigue passe par Marseille, où un centre de secours aux réfugiés palestiniens cache peut-être d’autres activités.
Capture d’écran Youtube Fauda TV
Capture d’écran Youtube Fauda TV

Attendue par les fans, la saison 5 de Fauda (sur Netflix) se montre à la hauteur des exigences. Aucun des éléments qui ont fait son succès ne manque. Les attentats du 7 octobre 2023 légitiment encore davantage le combat mené par les infiltrés israéliens dans les saisons précédentes – la quatrième était parue en janvier 2023. Loin d’être paralysés par l’horreur de l’événement, les réalisateurs ont su l’utiliser pour nourrir le scénario mais aussi les personnages, dont aucun n’est sorti indemne. Car que fut le 7 octobre, sinon un chaos – fauda, en hébreu ?

Ce « Shabbat noir », ce « 11 septembre israélien » est raconté en flash-back dans les épisodes 7 et 8, sous l’angle resserré de ce que vivent les héros. Les esprits sensibles s’épargneront ces deux chapitres tragiques. Ils sont psychologiquement violents – mais bien en dessous de l’horreur des vidéos réelles tournées ce jour-là.

« C’est quoi, leur problème, aux Françaises ? »

On retrouve donc Doron (Lior Raz), Eli (Jacob Zada-Daniel), Steeve (Doron Ben-David), mais aussi Gaby (Itzik Cohen) et Dana (Meirav Shiron), traumatisés par ce qu’ils ont vécu, mais forcés de reprendre du service, plus ou moins en marge de la légalité. L’intrigue passe par Marseille, où un centre de secours aux réfugiés palestiniens cache peut-être d’autres activités : à sa tête, Saïd al-khatibi (Hakim Djaziri), un membre du Hamas. À ses côtés, Maher Zeytoun (Carlos Gharzuz), qui dit n’avoir été qu’un modeste comptable de l’organisation terroriste. Il a épousé une Française, Anne (Mélanie Laurent), qui le croit aveuglément. Ce qui ne manque pas d’étonner Eli : « C’est quoi, leur problème, aux Françaises? » Doron de répondre : « La culpabilité coloniale. »

Un sentiment de culpabilité qui n’est pas de mise, dans un pays en guerre. C’est vrai dans la série, c'est vrai dans la vie. En novembre 2023, l’un des producteurs de la série, Matan Meir, est mort en soldat lors d’un combat à Gaza. En août 2024, l’acteur et chanteur Idan Amedi, vu dans les saisons précédentes, a été sérieusement blessé dans un engagement. De son côté, quelques jours après le 7 octobre, Lior Raz avait été envoyé comme volontaire pour venir en aide aux familles israéliennes, réalisant des évacuations. Fauda est une fiction dont le réalisme n’est pas généré par l’IA mais porté par des acteurs qui y croient, même quand les caméras sont éteintes.

Un terroriste plus vrai que nature

Révélation de la saison 5, l’acteur franco-algérien Hakim Djazir joue le rôle d’un chef terroriste du Hamas. Il ne l'a pas été dans la vraie vie mais ne cache pas avoir connu, en France même, la tentation de la radicalisation. Il a décroché le rôle de Saïd al-khatibi, confie-t-il au Point, par son jeu mais aussi en expliquant au réalisateur, Omri Givon : « Je connais parfaitement ce type d’hommes, je sais comment ils pensent, quelles émotions ils ont en stock... » Le résultat est plus vrai que nature.

Les terroristes de Fauda sont des méchants mais sans être caricaturaux. Ils ont leurs raisons. Leur psychologie. Des forces et des faiblesses qu’il est intéressant de connaître, parce que l’expansion du conflit israélo-palestinien à la France n’est pas une improbable fiction. C’est si vrai que le tournage des premiers épisodes, il y a un an, prévu pour se faire à Marseille, s’est finalement délocalisé à Budapest pour des raisons de sécurité. Les conditions n’étaient pas réunies pour que des acteurs et réalisateurs israéliens tournent en toute quiétude à Marseille.

Propagande et principe de réalité

C’est si vrai, encore, que Hakim Djaziri a subi des pressions des gens du métier, du genre : « Tu es barge, tu ne peux pas bosser avec les Israéliens sur cette série de propagande ! » On sait que le monde du cinéma a une forte inclination pour la Palestine et boycotte plus volontiers les instances israéliennes que les terroristes qu’il voit comme des « combattants ». Alors, série de propagande, Fauda ? Série israélienne qui défend le point de vue israélien, oui. Elle ne s’en cache pas. « Nous sommes ici pour défendre nos enfants, nos familles et nos maisons », expliquait, dans le monde réel de la guerre, l’acteur Idan Amedi, quelques jours après le 7 octobre.

 

 

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Samuel Martin
Journaliste

Vos commentaires

17 commentaires

  1. Bon ! je vais être obligé de reprendre un abonnement à Netflix , parce que cette série est une des meilleures que j’ai pu suivre sur Netflix et celles ci se comptent sur les doigts d’une mains tellement il y a de ménage à faire parmi celles qui nous étaient proposées sur cette plateforme qui relaie largement la théorie « woke » et autres délires .

  2. une tres bonne série (addictive) joué par des supers acteurs d’un grand réalisme la saison 5 n’est pas tres glorieuse pour la France qui passe pour un pays ou l’on accueil des terroristes ce qui est sans doute vrai ..la série montre certainement la réalité …

  3. Excellente série, j’ai regardé les 5 saisons d’affilées c’est pour dire qu’elle tient en haleine par ses intrigues, son réalisme et son absence de manichéisme (certes les méchants sont effectivement les méchants n’en déplaise aux grincheux). Les 2 épisodes de la saison 5 sur les massacres du 7 octobres sont particulièrement réussis et poignants et doivent être regardés même si un avertissement indique qu’ils peuvent être passés pour les plus sensibles. Ils donnent au contraire un aperçu de la sauvagerie des « assaillants » (= terroristes) mais aussi du courage des victimes et des forces israéliennes chargées de reprendre le contrôle. C’est sûr que la France ne sort pas grandie de la saison 5 entre soutien de bobos avec les activistes palestiniens, confortablement accueillis chez nous, et profil sociologico-ethnique de la population locale fidèlement décrit. Seul bémol, le rôle du policier ripoux que je trouve mal joué et peu vraisemblable. Émouvante apparition d’ Idan Amedi en fin du dernier épisode alors qu’il a été grièvement blessé au combat après s’être enrôlé dans Tsahal après le 7 octobre. Mention spéciale au pesronnage cental de la série joué par Lior Raz qui a servi pendant 20 ans dans l’unité d’élite Duvdevan.

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