A voir les énarques, certains fort sympathiques, débarquer au FN, on peut nourrir quelques craintes sur les orientations du parti de . Oui à des frontières qui protègent et à la préférence nationale en toutes matières, mais sans que cela nuise à la concurrence ou que l’État se remette à jouer les entrepreneurs. Seul le privé, sous le contrôle d’un État d’autant plus fort qu’il est resserré sur ses missions régaliennes, crée richesse et emplois.

Loin de son image d’Épinal, le colbertisme français – mikado industriel et champions nationaux – fut la cause de tous nos “accidents industriels” depuis trente ans, et il fallut une décennie pour se remettre du socialo-chevènementiste des années 1981 à 1983.

L’affaire du , et son dernier échec au Brésil, comme le TGV, est caractéristique de ce pays : relations incestueuses entre l’État, l’industrie et les . Je choisis Serge Dassault, mais le cas d’Arnaud Lagardère – lui aussi héritier de son cher papa –, à la tête d’un empire de presse et de Matra avant sa fusion dans EADS – dont il sera actionnaire de référence –, serait un autre exemple du complexe industrialo-médiatique à la française.

Aucun grand journal n’ose dénoncer les relations contre-nature entre les médias et les puissances d’argent ou les firmes en lien d’affaire avec l’État. Outre TF1/Bouygues ou Canal+/SFR, pourquoi ce qui reste des grands journaux nationaux – Libération, Le Monde, Le Figaro – appartient-il à des banquiers (Rothschild, Lazard), des financiers (Minc, puis Niel et Bergé) et, comble pour Le Figaro, à un marchand d’armes ? La presse française souffre d’un manque cruel de et de diversité, cause de la désaffection des lecteurs.

Mais revenons au Serge Dassault avionneur. Le Rafale fut le résultat du compromis très coûteux entre les exigences des militaires – un avion polyvalent pour l’armée de l’air et la marine et à la pointe des technologies – et les besoins de l’industriel-polytechnicien pour sauvegarder sa recherche et son potentiel industriel. Tel en alla du souverainisme dans les industries d’armement, contre la solution Eurofighter, outre l’acquittement d’une dette de guerre inexpiable de l’État à l’égard de la famille Dassault.

D’où cet accord surréaliste obligeant l’État à acheter les Rafale sortis des lignes de montage (11 par année) qu’aucun pays étranger n’aura voulus (8 à ce jour) parce qu’ils sont trop chers. Pour Dassault, l’opération est d’autant plus rentable que les avions de conditionnent le succès et la rentabilité de ses avions d’affaire (Falcon) et de l’électronique de défense.

Que n’a-t-on dit en son temps sur la pieuvre Hersant. Or, nos courageux journaleux n’ont rien à dire sur celui que Marianne, en 1997, osa baptiser « empereur français de la corruption » – Serge Dassault –, objet de quatre mises en cause judiciaires dont deux pour des tentatives de meurtre crapuleux, et déjà condamné pour corruption et fraude électorale, ce qui l’a rendu inéligible. Le 14 novembre 2013, les magistrats ont demandé la levée de son immunité de sénateur pour des versements d’argent suspect qui auraient servi à acheter la paix sociale dans sa bonne ville de Corbeil. Et ils osent parler de front républicain et de exemplaire ?

3 janvier 2014

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