Une fois n’est pas coutume : l’opération Sentinelle est remise en question par un général sur un blog consacré à la Défense, celui de « Jean-Do ». Il est des critiques formulées par un général en 2e section qui sont encouragées (Thonier) et d’autres (Piquemal) qui sont intolérables. On pourrait s’étonner que le devoir de réserve ne s’impose pas concernant une opération militaire en cours, mais qu’il s’impose concernant la politique du pays. Qu’importe, là n’est point le sujet de ce billet.

Toutes les périodes ont façonné de grands chefs militaires à leur image. Que l’on se souvienne humblement de 1870, 1914 et 1940.

Si l’on en suit le raisonnement du général Thonier, engagé volontaire à 18 ans, pur produit de 40 ans d’opérations extérieures et de paix intérieure, l’armée de terre n’aurait pas vocation à opérer en France. Elle s’y userait en vain, perdant un savoir-faire chèrement acquis et émoussant sa vocation guerrière.

C’est que l’armée de terre d’aujourd’hui est éloignée du format classique. Loin des bandes de Picardie et de Normandie qui combattaient à Crécy et Azincourt, et des gros bataillons du siècle dernier. Elle a été pensée comme un corps expéditionnaire à l’anglo-saxonne, dans un format de ce qu’était, jusqu’en 1999, la Force d’action rapide, qui rassemblait paras, légionnaires, alpins, marsouins, augmentée de trois brigades blindées-mécanisées. Force est de constater que l’objectif est atteint.

Depuis vingt ans, toute l’armée de terre s’est structurée autour de ce noyau, et l’ensemble a pris des habitudes. Tous les ans, un parfum d’aventure, un déploiement, une solde double ou triple, une médaille, quelquefois un baptême du feu. Le désert des tartares et la vie de garnison n’existent plus. Le temps long est pourtant le cœur du métier de soldat. Même en 1914-18, les deux tiers du temps étaient passés au calme ou à l’arrière.

À la différence des États-Unis, la France ne dispose, en complément de son corps expéditionnaire, ni d’une armée ni d’une Garde nationale. La seule force militarisée suivant l’armée de terre dans notre ordre de bataille est la gendarmerie, dont l’effectif est déjà au seuil critique. Oui, les opérations usent les hommes et le matériel, en France comme en Afrique, et critiquer tel ou tel engagement n’est pas la bonne option, surtout pour un général (2s). La vraie critique est à formuler auprès de ceux qui allouent les budgets depuis quarante ans et taillent des croupières dans celui de la Défense, dont il se servent de variable d’ajustement de la grogne syndicale des autres ministères. Et on a bien souvent entendu certains corporatismes militaires avantagés se féliciter des dissolutions de ces régiments d’appelés « pousses-cailloux », de « biffins » qui ne « servaient à rien »… mais font cruellement défaut dans cette mission Sentinelle.

C’est que cette opération Sentinelle dérange un peu. Les photos montrant l’armée dans la rue au ou à Saint-Denis font couiner les politiciens. Très mauvais, ça, coco, ça énerve les syndicalistes, et ça fait très sud-américain, pour ne pas dire puputsch ! En plus, on constate que la délinquance ordinaire disparaît des zones de patrouille…

N’en déplaise au général Thonier et aux commentateurs, cette opération Sentinelle est une nécessité vitale pour le pays comme pour l’armée de terre qui reprend ses marques et retrouve ses bases nationales. Oui, demain, pour pouvoir opérer en France, il faudra avoir repris des habitudes de contact avec les Français, et d’évolution dans un milieu qui n’est pas celui de la savane africaine ni de la montagne afghane.

29 février 2016

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