« Que votre oui soit un oui, que votre non soit un non », demandait un responsable de Sens commun en guise de préambule au meeting de samedi. Mais voilà, c’était un peu tard. Forcément. Le discours de Nicolas Sarkozy était déjà écrit. Et sa réponse, à lui, fut « noui ». Était-il pour ou contre le mariage gay ? Disons « pontre » et « cour ». Un mariage pour les hétéros et un mariage pour les homos. L’école des fans, tout le monde a gagné et repart avec son cadeau, drôlement content. On ne sait lequel de ses communicants s’était exercé toute la nuit en tutu rose et demi-pointes, pour réussir ce grand écart sans se froisser un ligament, on ne sait quel brillant jésuite lui avait soufflé cela, mais c’était une trouvaille. Un peu grosse, soit, mais une trouvaille.

Quel dommage. La vie jusqu’à la Manif pour tous était si simple. Il régnait sur les questions sociétales un flou de bon aloi. Une indétermination commode. Une sorte de théorie du genre appliquée à la politique : tu pouvais être de droite et avoir des idées de gauche, comme papa met une robe. Las, à présent, plus moyen d’être trans.

Et Nicolas Sarkozy a fini par lâcher le mot, du bout des lèvres, avec la pression de la salle comme un flingue sur sa tempe : « Si ça vous fait plaisir… » Ovation du public. Une ovation absurde, selon certains. Comme si Nicolas Sarkozy, avec l’enthousiasme délirant dont il faisait montre, allait réellement l’abroger. Comme s’il ne fallait pas une conviction, intime, profonde, loin de toute considération électoraliste pour affronter l’ouragan de protestation, d’indignation, de stigmatisation qu’une telle abrogation ne manquerait pas de déclencher dans certains milieux influents. Bruno Le Maire, dont on doit reconnaître la franchise, a d’ailleurs mis en garde, presque paternellement, les militants de Sens commun : il va vous cocufier, a-t-il dit peu ou prou. Lui aussi les prend pour des naïfs. Tout le monde les prend pour des naïfs. Mais parfois, les naïfs, avec leur sincérité encombrante et leur côté saint Jean Bouche d’or, vous mettent, involontairement, un sacré bobinard.

Le mouvement LMPT, que Sens commun semble vouloir lui offrir sur un plateau d’argent, est pour Nicolas Sarkozy la tunique de Nessus. Comment faire autrement, pourtant, qu’accepter poliment, pour se démarquer d’Alain Juppé, pour ne pas braquer ce vivier de voix et l’envoyer (pour les primaires) chez Hervé Mariton et, plus grave (pour les présidentielles), chez Marine Le Pen ?

Mais voilà déjà qu’elle lui colle à la peau. Déjà, les reproches pleuvent de tous côtés, car le mariage pour tous est déjà devenu un dogme de foi qu’on n’écorne pas, même un tout petit peu. Sa déclaration affirmant tout et son contraire est appelée « coming out homophobe » par le PCF qui ne recule jamais devant aucune bonne blague, tandis que NKM et Valérie Pécresse, en copines sur lesquelles on peut compter, prennent fissa leurs distances, se barrant à toute berzingue sur leurs petits escarpins : l’abrogation n’est « ni souhaitable, ni possible », elle « n’est pas humainement réaliste ».

Sens commun a voulu faire rentrer la vérité au sein de l’UMP. Celle-ci se révèle être un cheval de Troie redoutable. Sens commun veut servir l’UMP, il peut aussi contribuer à la détruire.

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