Sens commun, “Petit Poucet” de l’UMP, pour reprendre les termes de l’un des responsables, né de la mobilisation contre le mariage pour tous, a réussi cette prouesse de réunir à Paris les trois candidats aux primaires de l’UMP pour les passer au crible de ses questions. Avec 300 mètres de queue à l’entrée, retardant d’une heure le début du meeting, et dans cette foule inattendue, beaucoup de jeunes.

On peut considérer le verre à moitié vide et s’en désoler. Le Petit Poucet innocent et sincère va servir, comme d’hab’, de rabatteur, et les élections présidentielles passées, papa UMP n’aura rien de plus pressé à faire que d’oublier toutes ses promesses et de le semer dans la forêt. Sens commun se fera donc gober tout cru par l’ogre infernal “compromission” qui en a digéré d’autres, et des plus coriaces. Fin du spectacle. Tirez le rideau.

On peut aussi voir le verre à moitié plein. Tout d’abord, la présence des trois candidats. Pas vraiment du genre à perdre leur temps, si ces trois hommes sont là, c’est qu’ils ont compris qu’il y avait un enjeu… Désormais, il faut faire avec le grondement de la base, porté par Internet, quand on pensait qu’il suffisait de faire du gringue aux médias qui comptent. Oui, pour le tyran médiatique, cela sent la fin de règne. Il court, vieux et rhumatisant, derrière les réseaux sociaux qui galopent avec la fougue de leur jeunesse et le forcent à relayer, en ronchonnant, ce qu’il voulait cacher. Le FN, lui-même, vient d’en faire l’expérience avec ses militants, tenté qu’il était de faire les yeux doux au vieux dictateur “presse”.

Sans doute peut-on ricaner des contorsions verbales de l’homme élastique Nicolas Sarkozy : abroger la loi Taubira, pour en faire une autre… instituer un mariage pour les homos et un pour les hétéros (qu’est-ce qui changera, la figurine de la pièce montée ?), bref, la politique façon roi Salomon, la chèvre et le chou auront chacun leur bout et tant pis si on a tué le mariage.

On peut disserter sur la témérité suicidaire, sous les huées de la foule, de Bruno Le Maire.

On peut noter les contradictions libérales d’Hervé Mariton, le grand favori de la soirée (et sans doute le plus honnête).

On peut rigoler des clins d’œil appuyés d’hommes politiques matois ayant bien cerné leur public, qui parlent doctrine sociale de l’Église, pape François, Sainte-Trinité… (le père, le fils et le Sarkozy, peut-être ?).

Mais il ressort surtout clairement de ce meeting, des allocutions de ses responsables comme des réactions du public que le seul, le vrai enjeu est celui de l’identité.

Une identité que cette France bourgeoise, cette France bien élevée qui a manifesté l’an passé, défend à travers la famille, la filiation, l’identité sexuée. Une identité que la France populaire – la France périphérique, comme l’appelle le géographe Christophe Guilluy – veut conserver, elle, en luttant contre l’ massive. Christophe Guilluy et Renaud Camus ont raison : la fracture politique n’est plus entre la gauche et la droite, elle est identitaire.

Oui. Je sais. Je vois moi aussi ces deux France s’écharper sur Boulevard Voltaire, s’invectiver, se lancer des noms d’oiseau, avec un mépris et une rancœur mêlée de lutte des classes. Sans regarder ce qu’elles ont à s’apporter l’une à l’autre. Car il s’agit de la même identité, attaquée par le même adversaire. L’une se préoccupe moins d’immigration, mais n’irait pour rien au monde vivre à Sarcelles, l’autre se préoccupe peu de sujets sociétaux mais ne voit pas, elle qui se croit “hors système”, qu’elle est ainsi de facto “dans le système”.

Comme une coïncidence, du reste, ce même jour, dans un autre quartier de Paris, se tenaient les Assises de la remigration.

Sens commun sert de trépied à l’UMP. Ou pas. Car le mouvement a placé la barre haut. Si haut que seul Mariton ferait un candidat acceptable. Mais, “petit” candidat, il n’a que très peu de chances de réussir. Quelles consignes de vote pourra donner, en 2017, Sens commun, sans se renier ?

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