On peut toujours nier l’évidence et chausser ses lunettes les plus roses pour repeindre la réalité aux couleurs de l’illusion. Les quelques dirigeants socialistes qui se sont exprimés au soir des élections sénatoriales ( et son supérieur hiérarchique immédiat ayant choisi de se réfugier dans un silence éloquent) ont fait contre mauvaise fortune bunker. Un élément de langage concocté en haut lieu revenait fréquemment : la claque reçue dimanche n’était que le retour de l’aller infligé en mars dernier, un effet purement mécanique, dont il n’y avait pas plus lieu d’être surpris que de s’inquiéter.

« Je ne vois pas de vague bleue », assurait Jean-Christophe Cambadélis, alors que l’UMP et l’UDI venaient de reconquérir la majorité à la Chambre haute. Le premier secrétaire du PS devrait consulter d’urgence un ophtalmologue. « Ce n’est pas la Bérézina », déclarait le patron du groupe socialiste du Sénat, Didier Guillaume. Ça y ressemble pourtant beaucoup. Disons que c’est un affluent de la Bérézina. Le PS est contraint de rendre les clés de la citadelle qu’il avait conquise pour la première fois il y a trois ans. C’est un nouveau pan de l’édifice du socialisme local et municipal qui vient de s’effondrer.

Après les et les européennes, la majorité minoritaire qui nous gouverne subit un nouveau revers et un camouflet de plus. Les prochains désastres sont d’ores et déjà inscrits au calendrier de 2015, en attendant la mère de toutes les défaites, actuellement programmée pour 2017. Il serait cruel de parler d’une marche supplémentaire dans la descente aux enfers du parti de Jean Jaurès et de Jérôme Cahuzac. Empruntons au langage techno-bureaucratique en cours une formule euphémistique : le PS n’est pas encore sorti de la phase de croissance négative dans laquelle il est entré il y a deux ans et demi.

Trois échecs individuels semblent particulièrement significatifs de la tendance générale.

La proximité géographique et personnelle de Bernard Combes avec l’ancien homme fort de la Corrèze a sans doute coûté son siège au maire de Tulle.

La part prise par Jean-Pierre Michel dans l’élaboration de la loi instituant le « mariage pour tous » puis sa participation, en première ligne, au débat passionné suscité par cette réforme sociale lui ont été fatales.

Quant à Jean-Michel Baylet, président du Parti radical de gauche, patron de La Dépêche du Midi et sénateur a priori imbattable du Tarn-et-Garonne, affaibli par une querelle locale, il semble bien que son incapacité à faire revenir le pouvoir sur sa et le démantèlement des départements ait été sanctionnée dans un Sud-Ouest traditionnellement attaché à ses cantons, à ses conseillers généraux et à ses notables.

L’UMP, pour sa part, a engrangé, « mécaniquement », les dividendes de son succès aux municipales, et d’autant plus qu’à la réflexion le parti de MM. Sarkozy, Juppé, Fillon, Le Maire, Bertrand, Copé et autres prétendants engagés dans la course à la présidentielle a choisi d’enfourcher le cheval gagnant de la défense « de nos villes et de nos villages ». Compte tenu des caractéristiques du corps électoral concerné par les sénatoriales, c’était le bon choix. Pour autant, on notera avec intérêt que des dissidents l’ont emporté ici et là sur les candidats officiels du grand parti uni de la droite recomposée, et on s’apprête à suivre avec passion, comme des millions de Français, les péripéties de la lutte de titans qui va opposer pour le « plateau » l’énorme Gérard Larcher et l’immense Jean-Pierre Raffarin, les deux champions bien connus du changement dans la continuité.

Le seul événement de ce scrutin que les Français, qui ne sont pas conviés à y participer, ont suivi – comme d’habitude – d’assez loin est évidemment l’entrée, « historique », de deux représentants du Front national au palais du Luxembourg. Qu’un parti qui pèse actuellement entre 18 et 25 % des intentions de vote à la présidentielle soit parvenu à forcer les portes capitonnées de la deuxième Chambre bien que le corps électoral concerné lui soit a priori défavorable en dit long sur ses progrès. Ce succès n’a été possible que parce que sont venus s’ajouter à ses propres grands électeurs, en multipliant les voix escomptées par trois, cinq et jusqu’à dix, des élus sur lesquels il ne pouvait compter.

Alors que le Front national, depuis des décennies, reculait systématiquement au second tour de toutes les consultations, était considéré comme répulsif et avait bien du mal à recruter des candidats et à former des listes, il attire, il agrège, il a un rayonnement qui s’étend au-delà de ses propres rangs. Changeant de niveau et de statut, ce parti, pour la première fois, peut être envisagé comme un tremplin pour une carrière politique. Il y a là matière à réflexion, en interne et au dehors.

PS : merci aux lecteurs de Boulevard Voltaire pour leurs témoignages… et pour leurs commentaires.

29 septembre 2014

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