De nombreux franciliens viennent d’apprendre qu’ils seraient, désormais, par arrêté préfectoral, privés de feu de cheminée. La faute aux particules fines émises par les combustion de bois, très « polluantes ». À la veille de Noël, cela jette un froid. Pas de petite flambée crépitante à côté du sapin scintillant ? Plus de grand-mère, le soir du réveillon, réchauffant ses vieux os près de l’âtre ? Et où passera donc le Père Noël, je vous le demande, s’il n’y a plus de cheminée ? Pourquoi pas, aussi, interdire le papier cadeau qui contribue à la déforestation ? Et quid de la filière « bois » ?

Mais plus fine que les particules, il y a . Qui a perçu la violence psychologique d’une telle mesure : « Il faut raison garder. » a-t-elle déclaré. « Je vais faire changer cette décision qui ne va pas dans le bon sens. » Une décision qu’elle juge « excessive », « ridicule », « un peu absurde », et même « idéologique ». Ministre de l’Ecologie, oui. Mais pas de l’Ecologie fondamentaliste, façon « Cécile Duflot et ses couverts en bois », comme dit Bruno Roger-Petit, du Nouvel Obs.

C’est que Ségolène Royal n’est point bête. Elle a décidé de brosser les Français, hérissés par ce gouvernement comme s’ils avaient les doigts dans la prise, dans le sens du poil… d’incarner doucettement l’équilibre et la mesure, dans une gauche qui a perdu depuis longtemps l’un et l’autre.

En octobre dernier, elle annonçait la suspension « sine die » du dispositif écotaxe sur les poids lourds, indiquant que sa priorité était « le prélèvement du profit des autoroutes », et commentant : « C’est quand même “le bon sens”. »

Quelques jours plus tard, elle évoquait l’idée de baisser de 10 % les tarifs autoroutiers et même « une gratuité le week-end ».

Un mois plus tôt, à un journaliste de Inter stupéfait, elle avait affirmé se réjouir de la gronde faisant suite aux annonces de réduction des prestations familiales (dont il est vrai qu’avec ses quatre enfants, elle a passablement profité) : « C’est bien qu’il y ait de la réactivité. Chaque fois que l’on touche à la politique familiale, il y a une grande sensibilité dans l’opinion française, et c’est une bonne chose. Ça veut dire que les Français sont attachés à la famille. »

Ségolène Royal est même la point bête qui monte, qui monte. Irréprochable. Avec son tailleur « Marie-France Garaud », son chignon « Simone Veil » pour accueillir le pape à Strasbourg, avec sa dignité de femme bafouée qui se tait, comme si elle n’était concernée ni de près, ni de loin par cet ubuesque Vaudeville qui se joue à l’Elysée, avec ses postures marmoréennes de déesse « bon sens », la dame trace royalement son chemin. Dans son livre Leurs femmes…, Elisabeth Chavelet, en 2003, évoquait le couple Hollande-Royal : « Quand l’un monte, l’autre descend. Dans la course de fond, elle gagnera. Je vois l’avenir politique de François sombre, celui de Ségolène Royal radieux. » Si, en effet, François et Ségolène se font face dans un tapecul, eu égard à la situation du premier, la deuxième devrait bientôt arriver au zénith.

Distinction, discrétion, pondération, famille, Noël au coin du feu… Marie-Ségolène Royal laisse remonter son atavisme de droite. Pour s’y accrocher comme à un radeau, et éviter de couler comme le reste de la gauche ?

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