Editoriaux - Politique - Radio - 17 novembre 2015

Sécurité : et si l’on faisait le ménage dans les protections inutiles ?

Manuel Valls était l’invité d’Yves Calvi ce lundi matin sur RTL. Bien qu’habitués à la langue de bois des politiques, je crois que nous n’avions jamais assisté à pareille distillation d’eau tiède ! « Je sécurise, tu gardes, il surveille, nous bunkerisons… les rues, les écoles, les frontières, le métro… la guerre sera longue et meurtrière, il faut s’y préparer… »

Hélas, comme disent les Américains au long passé de cow-boys : « On ferme à clé la porte de l’écurie quand le cheval a déjà été volé. »

J’ai circulé en métro ce week-end, ai été frappée de n’y voir aucun uniforme ou treillis, contrairement à l’habitude. Aucun, non plus, sur les trottoirs de Paris. Où étaient-ils ? Aux fesses du Premier ministre ?

Un routier qui appelait la radio pour parler au ministre rapportait qu’il avait passé la frontière franco-belge à 6 h 15 le matin : pas un contrôle à l’horizon. Confirmation de l’animateur : une amie d’Yves Calvi arrivée la veille à Roissy s’étonnait également de n’avoir croisé aucun contrôle à l’arrivée. Réponse de Manuel Valls : « Nos policiers sont de grands professionnels qui agissent avec discernement. » C’est-à-dire ? On connaît le délit de sale gueule et le contrôle au faciès, mais pour les camions, comment fait-on ? Va-t-on dresser des chiens renifleurs d’islamistes ?

Manuel Valls élude, délaye, baratine, fait planer l’ombre du précédent gouvernement qui a réduit les effectifs et les budgets, distille le manque de moyens des policiers à qui l’on demande déjà tant. Ça tombe bien, parlons-en : sommes-nous sûrs que les fonds et les personnels sont employés au mieux des nécessités ? Un récent article du Point permet d’en douter sérieusement.

« Les gardes du corps très spéciaux » (c’est l’intitulé) dont il est question, corps d’élite affecté à la protection des personnes prétendument menacées, en ont ras le bol. « Depuis que les ministres sollicitent, pour le compte de proches ou d’amis, les services de l’Unité de coordination de la lutte antiterroriste (UCLAT), nombreux sont les agents du SDLP (Service de la protection) à passer du rôle de garde du corps à celui d’homme à tout faire ou de chauffeur pour VIP », écrit le magazine.

Genre porter des croissants au Président et sa Julie dans leur nid d’amour, faire les courses chez le teinturier, emmener maman aux grands magasins… Sans compter les caprices de certaines « stars » qui, bien qu’au plus bas dans l’échelle de la menace, n’en ont pas moins des exigences extravagantes. Comme Éric Zemmour, qui réclame d’être toujours escorté par les mêmes agents, et tant pis pour les repos qui sautent, tandis qu’un ancien juge antiterroriste qui a déplu au pouvoir (Trévidic ? Montgolfier ?) n’a pas droit, lui, d’être protégé.

Alors, passant par-dessus leur hiérarchie et leurs syndicats, les flics du SDLP ont écrit au ministre de l’Intérieur : « Nous ne sommes plus en capacité d’exercer nos fonctions et pensons mettre en péril nos vies. Mais plus grave, […] nous risquons de mettre en danger la vie de la personne que nous protégeons. » Le tout assorti d’une menace de plainte au pénal si leurs conditions de travail ne changent pas. Un agent, épuisé, qui venait d’effectuer 17 jours de garde sans repos, s’est ainsi blessé lui-même par défaut d’attention.

Le nombre de « missions » – comprenez de personnes protégées – est passé de 120 en janvier dernier à 170 aujourd’hui. Le président du CRIF a 10 agents à son service, l’imam de Drancy en a 12, mais pour ceux-là qui ont sans doute réellement besoin d’être protégés, combien de « nounous » de complaisance ? Sachant qu’un agent coûte, selon la Cour des comptes, quelque 72.000 euros à l’année, ne pourrait-on songer à réaffecter ces personnels ?

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