Sans surprise, a donc emporté la primaire de la Belle Alliance populaire. Une victoire nette et sans bavure : près de 59 % des voix. La gauche socialiste s’est donc donné un nouveau marchand de sable pour porter ses couleurs à la présidentielle. Comme disait Malraux en décembre 1965, dans un discours à quelques jours du second tour qui allait opposer le à François Mitterrand, “il est plus facile d’accorder les électeurs sur le désir d’aller au ciel que de leur donner les moyens d’y aller”. Alors, va pour le « futur désirable », puisque tel est le slogan de l’ancien patron des Jeunesses socialistes !

Ce soir, qu’écrire à propos de cette primaire qui n’a déjà été dit, tant le résultat était prévisible depuis dimanche dernier – si l’on excepte l’énorme écart entre Hamon et Valls ? Que la défaite de Manuel Valls signe, sans ambiguïté, le rejet par le « peuple de gauche » de et de sa politique, représentée par son ancien Premier ministre. Preuve en est le ralliement – plutôt incohérent au plan idéologique, quand on y pense – d’une grande partie de l’électorat de Montebourg à la candidature Hamon : le « redressement productif » au secours du « camp des fainéants », pour la faire courte, c’est assez baroque, quand on y songe !

Alors va pour le « futur désirable » ? Plus d’endettement, d’impôts, d’immigration, de communautarisme, de contrôle de la pensée par l’État (délicieuse idée que celle de créer un corps d’inspection des discriminations !).

Désirable, peut-être. Désiré, c’est autre chose. Deux millions de participants à ce second tour, nous dit-on, à l’heure où j’écris ces lignes – dont les étrangers et les mineurs âgés de plus de 16 ans -, soit autour de 4 % du corps électoral : pas de quoi, pour Benoît Hamon, prendre ses désirs pour des réalités ! Certes, un sondage réalisé pour Le Figaro, RTL et LCI, et dévoilé dimanche soir, donne un à 15 % au premier tour de la présidentielle, contre 10 % pour Mélenchon. On éviterait, ainsi, pour le représentant du PS, un score à la Gaston Defferre (5 %), que l’on nous prédisait il y a encore quelques semaines. Mais Hamon semble bénéficier tout au plus d’un jeu de vases communicants au détriment de Mélenchon. Le résultat de cette primaire créera-t-il une dynamique ? C’est une autre histoire. Tout au plus Benoît Hamon ira-t-il gratter encore des voix à son voisin de gauche. Sans doute pas au point de franchir la barre des 20 %.

Puisque nous évoquions Gaston Defferre, rappelons que ce dernier avait, en quelque sorte, clôturé le cycle de la vieille SFIO, usée jusqu’à la corde, notamment après onze ans dans l’opposition à de Gaulle. À l’issue de cette défaite sévère de 1969, avait construit un nouveau parti en fédérant autour de sa personnalité des hommes très divers : certains issus de la vieille maison socialiste, comme Pierre Mauroy, des représentants de la deuxième gauche, comme Rocard, des anciens trotskistes, comme Lionel Jospin. François Hollande, usé lui aussi jusqu’à la corde, mais d’avoir mal exercé le pouvoir – quand il l’a exercé -, incapable de fédérer les contraires autour de sa personnalité, clôture donc le cycle ouvert à Épinay par François Mitterrand en 1971. Manuel Valls a fait le sale boulot en se coltinant cette primaire.

Après l’annonce de sa victoire, en a appelé dimanche soir, très paradoxalement, au rassemblement, alors même que la gauche n’a jamais été autant désunie. On ne voit pas qui pourrait être cet architecte, capable de reconstruire une gauche unie. Pas Benoît Hamon, en tout cas, plus cigale qu’abeille. Épinay, c’est fini…

30 janvier 2017

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