Editoriaux - International - 12 janvier 2016

Se battre en Libye ou attendre les attentats en France ?

La menace de l’emprise sur la côte libyenne par les islamistes de Daech et ce que cela représente pour nous nécessitent une réactivité à laquelle le gouvernement ne nous a pas habitués.

Au printemps, nous n’aurons plus de porte-avions pour deux ans (maintenance oblige) et la poursuite impitoyable des agresseurs en Syrie et en Irak de la France se fera avec un cure-dents. Si la détermination à détruire l’État islamique existe, il nous faut combattre Daech en Libye, empêcher le contrôle d’un pays que l’on a contribué à détruire.

La Libye est stratégique. Elle est une porte aux hordes de migrants qui déferlent sur l’Europe dès que la mer le permet. Elle peut déstabiliser l’Égypte et la Tunisie, et permet de rejoindre par le désert les islamistes qui déstabilisent le Sahel. Enfin, le contrôle des zones pétrolifères permettrait à l’organisation État islamique de se refaire de la pression subie en Syrie et en Irak. L’Égypte a une armée qui pourrait être le cœur d’une coalition et la stratégie utilisée n’est possible qu’avec une alliance avec les Russes, en aidant les Tunisiens. Cela permettrait aussi de contrôler les migrations transméditerranéennes dès leur point de départ par une résolution internationale en installant des camps de migrants et en stoppant ainsi leur exploitation par les passeurs.

Détruire Daech avant une installation en Libye trop solide au point de devoir combattre sur le sol européen. Voilà l’enjeu ! Il faut tout faire pour dégager nos forces de Syrie et se répartir les missions. La France peut se battre à proximité et il faut amener les États-Unis, la Russie et même la Chine à comprendre que c’est vital.

Il y eut un temps où l’on se demandait s’il fallait mourir pour Dantzig. Aujourd’hui, on doit se demander si on doit mourir pour la Libye : seuls les Anglais, les Français et les Italiens sont en capacité d’agir, mais toute l’Europe doit payer. L’initiative doit être prise au plus tôt. Face à la détermination de la France et des pays européens concernés qui, à présent, sont placés sur la ligne de front, l’Allemagne devra payer la facture de son incapacité à participer aux conflits autrement que par du soutien financier ou logistique, et des profits dégagés des guerres du Golfe, des Balkans en investissant sur les reconstructions sans avoir versé un goutte de sang.

2016 sera l’année décisive pour l’islam au seuil de l’implosion totale, pour l’Europe dans sa nécessité de se construire autrement que par l’oukase de Merkel et ses seuls intérêts économiques. Et là, il ne va pas falloir faire le délicat sur les alliances !

C’est maintenant qu’il faut affronter les islamistes sur le terrain : pas sur celui où ils nous attendaient mais sur celui qu’ils visent et avec le moins de frappes aériennes possible dont les dommages collatéraux risqueraient de rallier d’autres islamistes au califat autoproclamé. Oui, il faut débarquer en Libye pour arrêter le débarquement sur nos côtes.

Impitoyable ? Traitons la métastase libyenne et laissons mourir en Syrie ceux qui s’y perdent.

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