Les mirages collectifs existent, nous les avons rencontrés. Exemple récent : chacun est persuadé que s’est tenue une conférence de presse à l’Élysée, le 16 mai. Or, un examen objectif et non alcoolisé permet aujourd’hui d’affirmer que l’évènement n’a pas eu lieu. En fait, il s’agissait d’un monologue de près de trois heures, touchante succession d’incantations diverses et variées, psalmodiées par un homme intelligent, souriant, disert, qui a tout fait pour essayer de montrer qu’il était bien le chef, le décideur, l’initiateur, le créateur, et cela dès le premier jour de son accession au pouvoir suprême. Répondant aux questions qu’on ne lui posait pas, esquivant en partie celles qu’on lui lançait, il a égrené un inventaire à la Prévert dans lequel ne manquait même pas le raton laveur.

Aucune nouveauté, aucune annonce, pas le moindre début d’un commencement de remaniement, pas de prolégomènes d’une esquisse d’autocritique : il a trouvé la France dans l’abîme creusé par ses prédécesseurs et surtout le dernier, ce pelé, ce galeux, d’où nous est venu tout le mal. Avec son chef de gouvernement courageux et ses ministres intègres, il a entrepris le travail d’Hercule de remettre le navire à flot. Par quels moyens ? On fait risette aux investissements étrangers alors qu’il y a un an, le seul ennemi, c’était la finance ; on va changer l’âge du départ à la retraite parce que – scoop planétaire – on vit plus longtemps, alors qu’il n’y a guère, on vitupérait l’allongement à soixante-deux ans ; on célèbre légitimement les entreprises alors qu’elles étaient aussi taxées qu’ignorées par la gauche comme par la droite. Bref, on fait du social-libéralisme comme monsieur Jourdain faisait de la prose. Et surtout sans le dire.

En attendant, le plus important, comme d’habitude, se passait ailleurs : l’Assemblée nationale supprime le mot « race » pensant ainsi en finir avec le racisme. Il n’y a plus qu’à supprimer les mots « dette », « chômage », « récession », « casseurs », « violence » pour résoudre enfin les problèmes de ce cher et vieux pays. Ce sera certainement le thème de la prochaine conférence de presse de , qui se tiendra, selon son expression, à l’Élysée ou dans la rue.

17 mai 2013

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