Dès septembre 2016, prêtres, pasteurs, rabbins, imams et moines bouddhistes pourront s’inscrire au nouveau programme de « formation interreligieuse » de Sciences Po, intitulé « Emouna, l’Amphi des Religions ». Fondée par le rabbin Moché Lewin, la formation regroupe sans distinction « le judaïsme, le christianisme, l’islam et le bouddhisme » dans l’objectif de valider « l’excellence de ses représentants ». Face aux récentes tensions, l’État sonne le glas et rappelle les religions à l’ordre : il faut les soumettre aux « lois de la République ». Le loup entre dans la bergerie !

Et pour cause : la présentation de ce programme réduit d’emblée les religions à des « forces civilisatrices, porteuses d’humanité et d’éthique ». En somme, de simples facteurs culturels. Dépossédées de leurs dogmes, elles s’inscrivent désormais dans un préfabriqué passé, commun à toutes les patries ou les peuples. Et surtout, le rôle indéniable du dans l’histoire de la France est dissous. « Ça va mieux », de mieux en mieux, en effet, pour le et son cortège de fléaux. Comme s’il ne suffisait pas que les programmes scolaires soient épurés des grandes figures historiques de notre pays, afin que les « futurs Montaigne » ne s’y sentent pas trop dépaysés !

« Mobiliser un socle de connaissances utiles à l’exercice de ses responsabilités dans le cadre de communautés religieuses », tel est l’objectif. Or, le rôle des religieux n’est-il pas de servir Dieu, et non l’homme ou ses institutions ? D’étudier les textes sacrés et les langues anciennes, grâce à la théologie (« science de Dieu »), afin de transmettre Sa parole aux fidèles, d’élever leurs âmes, d’assurer leur salut et de cultiver leur foi ? Ici, Sciences Po soumet la religion à des « modalités pédagogiques », une sauce républicaine aromatisée de spiritualité ; une leçon destinée à se propager au cœur des communautés, par le biais d’agents for(ma)tés. Ainsi, les grands prêtres de la République distilleront aux « ministres du culte » toutes leurs compétences pour diriger leurs fidèles grâce aux notions de « management », de « leadership », et de « négociation » infusées par l’institution.

Écarté de la société, le sacré se trouve désormais empoisonné. Dans L'Enracinement: Prélude à une déclaration des devoirs envers l'être humain, Simone Weil constatait déjà que la religion, reléguée au domaine privé, était devenue « une affaire de choix, d’opinion, de goût, presque de fantaisie, quelque chose comme le choix d’un parti ou même comme le choix d’une cravate ; ou encore qu’elle est affaire de famille, d’éducation, d‘entourage ». Comprenant qu’elle ne pourrait jamais s’en débarrasser, la République tente alors d’y instiller directement son venin de « à la française », en lavant elle-même le cerveau des religieux.

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6 mai 2016

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