La filière d’accès à Sciences Po Paris serait-elle redevenue trop élitiste ? C’est, en tout cas, l’angoissante inquiétude du bobo de la rive gauche, , qui se chagrine que « lors de la fête des quinze ans de la filière ZEP d’accès à Sciences Po Paris, à la mi-décembre, il n’a pas été question de ce chiffre un peu gênant : plus de 40 % des élèves admis à l’Institut d’études politiques (IEP) via la convention d’éducation prioritaire (CEP, son nom officiel) sont issus de familles CSP + » (23 janvier).

« CSP + » ? Entendez par ce sigle emprunté au jargon sociologique universitaire la catégorie socio-professionnelle supérieure, au rang desquelles l’on compte « les patrons du CAC 40 comme les travailleurs indépendants ou les professions libérales ». Entendez encore, sous la plume de Philippe Douroux et Maryam El Hamouchi, salariés de Patrick Drahi, tous ces infâmes capitalistes qui, du petit patron de TPE-PME au magnat du luxe tel Bernard Arnault, osent concourir à ce qui fut l’une des plus prestigieuses grandes écoles de France.

L’on doit, en effet, désormais parler au passé de ce temple de l’excellence, tant il est notoire que le niveau de l’établissement de la rue Saint-Guillaume a substantiellement baissé. En cause, entre autres, ces fameuses « filières d’accès » mises en place, au nom d’une « discrimination positive » à l’américaine, par feu Richard Descoing en 2001 visant, soulignent pudiquement nos polygraphes, à « élargir le recrutement aux lycéens issus de catégories sociales modestes ou défavorisées en s’appuyant sur des établissements classés zone d’éducation prioritaire, les ZEP ».

Que ces choses-là, en termes cotonneusement euphémistiques, sont-elles dites, tandis que, de l’aveu même de Libé, « des conventions [furent] signées avec sept lycées parmi lesquels Jean-Zay, à Aulnay-sous-Bois, Auguste-Blanqui de Saint-Ouen, tous deux en Seine-Saint-Denis, ou le lycée Maupassant de Colombes (Hauts-de-Seine) ». Soit, à peu de choses près, dans des hauts lieux, s’ils en furent, de présence immigrée – quasi majoritaire pour ce qui concerne le seul « 9-3 ».

Très doctement, nos serviles scribouillards nous décrivent, sur un mode hagiographique, que le très mondialiste – et, à ses multiples occasions perdues, night-clubber invétéré, ardent cocaïnomane et infatigable inverti – Descoings s’inscrivait gaillardement dans les pas de « Pierre Bourdieu, l’auteur de La Reproduction, qui dénonçait en 1970 une figée dans laquelle les fils de prof deviennent prof ».

Les idoles déconstructrices de la « French Theory » sont aveuglément convoquées sans le moindre discernement pour soutenir, contre les vents et marées obstinés du réel, que le « malaise » des banlieues tiendrait d’abord et avant tout à des causes éminemment économiques et sociales. La belle affaire !

À l’évidence, le vertueux dispositif de promotion allogène s’est progressivement retourné contre ses instigateurs. Et si, tout simplement, ces lycées de ZEP avaient finement observé que les quelques rares « CSP + » qu’ils promouvaient contribuaient davantage au redressement de leur funeste réputation que les non moins rares talents de ces « chances » pour la France dont la source s’est rapidement tarie ?

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30 janvier 2017

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