En attendant que la sonde européenne Rosetta s’arrime de manière efficace pour accomplir sa mission de recherche, elle a déjà fait redécouvrir à la terre entière, en particulier aux journalistes, que la science peut faire rêver.

Mercredi, tous les yeux étaient braqués comme au bon vieux temps de la guerre froide en direction de l’espace. On s’est réveillé avec les bip-bip du premier Spoutnik dans les oreilles et on a oublié provisoirement l’affaire Fillon-Jouyet qui fait surtout grincer des dents en haut lieu pour se souvenir du large sourire de Youri Gagarine ; l’homme nouveau en scaphandre rétro avec la carte du en poche placé sur orbite, le 12 avril 1961, en une heure et 48 minutes, s’ancra définitivement dans l’Histoire et, après sa révolution, terrorisa des paysans en retombant dans un champ, au bord d’un précipice. Les atterrissages étaient beaucoup moins précis à l’époque…

On a parlé aussi de Neil Armstrong faisant le 21 juillet 1969 son « petit pas pour l’homme mais son grand pas pour l’humanité », sans toucher mot des onze astronautes qui ont, eux aussi, marché sur la Lune et n’ont pas laissé de trace dans la mémoire collective…

Avant que le petit robot Philae ne se pose en fin d’après midi sur Tchouri, chacun avait son angle pour attaquer la comète située à 511 millions de kilomètres de notre planète. Pendant que les scientifiques et les ingénieurs de l’ESA retenaient leur souffle, les reporters radio, télévision, Internet, le nez collé sur l’actu, la tête dans les étoiles, essayaient de mettre en perspective l’événement historique et se mélangeaient les pédales en revenant sur la grande épopée spatiale qui a pris du plomb dans l’aile mais ne s’est pas effondrée après la chute du mur de Berlin.

Ils égrenaient les étapes marquantes de nos aventures extraterrestres au risque d’en semer en route.

Ils exécutaient des gros plan sur la comète qui dans son petit corps céleste frigorifié garde intacts des matériaux qui ont servi à la construction du système solaire et, pourquoi pas, quelques précieuses molécules qui ont donné naissance à la vie sur notre planète. Ils s’arrachaient la langue à répéter sur toutes les ondes 67P/Tchourioumov-Guérassimenko, le nom de ses découvreurs soviétiques devenus depuis ukrainiens, à savoir le professeur Klim Tchourioumov et son étudiante Svetlana Guérassimenko, la première à avoir repéré le 22 octobre 1969 l’astre chevelu qui vagabondait sur la voûte étoilée et avec lequel les chercheurs européens avaient fixé un rendez-vous ce 12 novembre 2014…

Une journée marquée d’une pierre blanche où, laissant la économique de côté, les confrères, plutôt que de broyer du noir, se sont réjouis comme un seul homme des avancées de la vieille dans l’espace alors que les Américains, qui s’étaient lancés au départ dans la course avec les Européens, ont depuis longtemps lâché l’affaire. Seuls les Cassandre du Figaro ont rappelé que le rêve n’était pas gratuit, que le pari avait coûté au total 1,4 milliard dont 20 millions pour le petit robot qui allait bientôt descendre fouiller notre passé en regardant à la loupe et avec des instruments de haute précision ce que cette comète a dans sa tête…

Ouf, Philae n’a pas raté sa cible et s’est posé sur la « boule de neige sale », peut-être même un peu trop en douceur et n’a pas réussi à déployer ses harpons. Ses cent kilos sur Terre ne font pas le poids devant Tchouri qui, avec ses dix milliard de tonnes, a une gravitation si faible qu’elle a du mal à tenir le robot en place sur son sol… Il a rebondi deux fois avant de se retrouver sur une pente raide, pas tout à fait là où il aurait dû être, de traviole mais les antennes dressées et en état de marche. Huit outils sur dix fonctionnent et il a déjà glissé des informations cachées à l’intérieur de la comète qui font chaud au cœur. Les moissons du ciel s’annoncent bonnes…

13 novembre 2014

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