Editoriaux - Internet - Médias - Politique - Théâtre - 28 janvier 2017

Le scénario de la présidentielle 2017 est déjà écrit

Comme toujours, en politique, il faut se méfier des interprétations hâtives : on a pensé que les éliminations de Sarkozy et de Juppé, doublées de l’abandon de Hollande devant l’évidence de son impopularité, signifiaient que les Français avaient peut-être enfin décidé de tirer la chasse d’eau. Manuel Valls sera sans doute battu, ce dimanche, par Benoît Hamon, ce qui donnera l’impression que la purge se poursuit et que ceux qui représentent le pouvoir sont balayés les uns après les autres. Funeste erreur.
 
François Fillon se débat actuellement dans les méandres gluants d’une sale affaire qui concerne également son épouse, et les sondeurs en profitent pour dire sur toutes les antennes que sa popularité s’est écroulée en quelques jours. Les médias qui travaillaient à faire élire Juppé n’ont toujours pas avalé leur défaite, et Fillon, s’il se maintient dans la course, devra composer jusqu’à la fin avec leur désir de lui nuire. Quant à nous, citoyens soucieux d’intégrité et de transparence en politique, au lieu de féliciter les journalistes pour avoir dévoilé un scandale, nous devrions plutôt leur reprocher de sortir seulement aujourd’hui une affaire connue d’eux depuis longtemps.
 
Comme toutes les tempêtes médiatiques, celle-ci finira par s’étouffer sitôt que les journalistes auront trouvé un nouvel os à ronger. Néanmoins, si le feu venait à prendre et que le score du candidat Fillon s’en trouve violemment atteint, à qui cela bénéficiera-t-il ? Dans une certaine mesure à Marine Le Pen, qui capitalise légitimement sur ce genre d’affaires mais dont l’image est, comme pour tous les candidats mais à un degré évidemment supérieur en ce qui la concerne, tributaire des humeurs médiatiques qui gèrent le nombre de peaux de banane entre les QG de campagne et l’Élysée. Et à ce jeu, Marine Le Pen est toujours leur cible prioritaire et les médias favoriseront n’importe quel candidat qui lui fera face au second tour.
 
Qui reste-t-il ? Emmanuel Macron grignote sur sa droite et sur sa gauche dans la mesure où journalistes comme électeurs sont bien incapables de dire s’il est à droite ou à gauche. Il est aussi celui qui, dans ce grand théâtre que sont les médias, donne le plus l’impression d’incarner la jeunesse et le renouvellement. Son visage est connu de moins longue date, et dans bien des esprits de nos contemporains, ce seul élément suffit à donner l’illusion.
 
À l’élection présidentielle, Hamon fera un score plus honorable que celui qu’aurait réalisé Valls, et Mélenchon, qui a investi Internet et diffuse sur YouTube des vidéos qui font un carton, pourrait prendre au PS ses déçus et une partie de sa frange la plus zélée et, ainsi, porter le coup de grâce au zombie de la rue de Solférino. Finalement, là où les éliminations spectaculaires des anciens Présidents et anciens Premiers ministres pouvaient faire croire que le peuple se rebelle, un œil moins pressé et moins enthousiaste voit la réalité du schéma en place : sous nos yeux ne se jouent que transferts de masses électorales des uns vers les autres, au bénéfice de Hamon, Mélenchon et Macron, trois dinosaures de l’orthodoxie idéologique. La révolution n’est donc pas pour demain, malgré les apparences.
 
Moralité : au lieu de nous féliciter de la disparition des uns, gardons un œil sur ceux qui prennent le relais – ce sont les mêmes avec vingt ans de moins.

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