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Culture - Editoriaux - Télévision - 17 juin 2014

Le scandale des intermittents permanents : la preuve par Canal+

En ce lundi après-midi, les intermittents du spectacle emmenés par la CGT campent sous les fenêtres du ministère de la Culture, attendant qu’Aurélie Filippetti, comme les héroïnes romantiques, apparaisse à son balcon.

Nourris au même lait que les cheminots, les « travailleurs-travailleuses » du spectacle tiennent en main une arme bien rodée : le chantage. Quand les uns refusent de faire rouler les trains, les autres sabordent les festivals.

Ceux-là dénoncent l’accord signé le 22 mars dernier par la CFDT, FO et le MEDEF, qui « plafonne les indemnités à 5.475 euros brut par mois » et « prévoit l’augmentation de deux points des cotisations sociales des intermittents, soit une perte de salaire net de 0,8 % », comme l’expliquait à l’époque Agnès Verdier-Molinié sur le site Atlantico.

Mais la saison avance et la menace plane sur les festivals de l’été. Pour calmer le jeu, le Premier ministre a nommé le 7 juin un médiateur, Jean-Patrick Gille. Manuel Valls a déclaré qu’il fallait « trouver une solution immédiate », tandis que Claude Bartolone, président de l’Assemblée, affirmait dimanche soir sur BFMTV que « la gauche ne peut pas se fâcher avec les intermittents ». Bref, c’est un blanc-seing pour continuer le bras de fer…

D’ailleurs, l’ineffable Olivier Py, actuel directeur du Festival d’Avignon, ne cachait pas ce matin son soutien aux grévistes. Interrogé sur RTL, il assurait : « Je m’incline, j’applaudis les grévistes courageux… » Mais difficile de laisser couler le navire, car depuis le fiasco de 2003, et ce, pour les mêmes raisons, « les assureurs n’assurent plus contre la grève ». Ce sont donc les régions et l’État, c’est à dire vous et moi qui renflouons.

« Vous ne dites donc pas aux intermittents “Arrêtez, vous allez tuer mon festival” mais vous dites au gouvernement “Reculez et ne signez pas cette réforme du statut des intermittents” », lui demande Yves Calvi. Réponse d’Olivier Py : « On est à la fin d’un système… Si vous me dites que l’assurance chômage, c’est la fin d’un système… ce n’est plus la fin d’un système, c’est la fin d’une civilisation. Si vous me dites que la culture, c’est la fin d’un système, je vous le dis, c’est la fin de la France. Si vous me dites que la gauche assassine le Festival d’Avignon et d’autres festivals encore en signant cet accord, ce sera la fin de la gauche aussi. »

Donc, si l’on suit M. Py, toute réforme du statut des intermittents signera la mort de la gauche et de la France. Ce qui évite de se poser les vraies questions, à savoir : qui et combien sont les intermittents qui méritent réellement de relever de ce régime ? Et quel est le pourcentage de ceux, parmi les bénéficiaires, qui représentent vraiment la culture française ?

L’annonce, aujourd’hui, de la grève “solidaire” des “Guignols de l’Info” est à cet égard tout à fait significative. On découvre par leur communiqué à l’AFP que les 30 marionnettistes de Canal+ sont tous des intermittents du spectacle. Créée 4 ans après le lancement de la chaîne en 1988, l’émission qui fêtera en août prochain ses 26 ans n’emploie que des précaires ! Faut-il croire que Canal+, « la chaîne à péage », n’a pas les moyens de verser des salaires ?

Comme le disent benoîtement lesdits Guignols : « Tout ce qui fragilise l’intermittence, comme il en est question actuellement, fragilise l’existence et la qualité de cette émission et celles de bien d’autres émissions de télévision. » De fait, la plupart des producteurs de TV s’engraissent grâce au service public et aux intermittents indemnisés par l’UNEDIC. Ce qui permet notamment aux actionnaires de Canal+ (les Vivendi et autres Lagardère) de se transformer en riches exilés fiscaux.

On n’entend guère, là-dessus, Mme Filippetti, occupée comme toujours à tourner sa langue de bois dans une semoule épaisse.

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