Editoriaux - Médias - Politique - Presse - Table - 8 août 2015

Sarkozy : un travail de « pro »

Tandis que Marine Le Pen, dont le père a gâché les vacances comme elle les lui a pourries, fait le maximum pour régler avant la rentrée ses comptes, à défaut de pouvoir lui régler le sien, avec Jean-Marie Le Pen, les divers candidats aux futures primaires de la droite et du centre font leur possible pour rester dans le peloton de tête, au moins pour garder leurs chances dans la course de fond dont l’arrivée reste prévue pour 2017.

Candidat aux régionales contre la présidente du Front national dans le Nord-Pas-de-Calais, Xavier Bertrand n’oublie pas – il est bien le seul – qu’il vise également l’Élysée. C’est pourquoi, en véritable homme d’État, il a trouvé la solution de l’irritant problème que posent les migrants qui affluent à l’entrée du tunnel sous la Manche. Il suffit que la Grande-Bretagne accepte d’ouvrir ses portes aux migrants qu’elle refuse d’accueillir et dont la France ne sait que faire. Bon Dieu, mais c’est bien sûr… Ce n’est pas gagné.

Bruno Le Maire fait paisiblement sa pelote et n’aspire pour l’instant qu’à être aussi indispensable au futur vainqueur de la primaire que Montebourg le fut à Hollande. Objectif : Matignon.

François Fillon, dans la discrétion et le silence que requiert le travail d’un bénédictin qui serait entré à la trappe, polit amoureusement les propositions révolutionnaires si longuement méditées et si mûrement réfléchies que ses fonctions de Premier ministre et le devoir de réserve auquel sont assujettis les titulaires de ce poste ne lui ont pas permis de mettre en avant durant les cinq années qu’il a passées dans l’enfer de Matignon. Quand son travail lui pèse, il fait retraite à Solesmes ou prend le volant d’une Formule 1 dont les pneus crissent dans le virage des Hunaudières.

Fort de la sympathie des socialistes, du soutien de François Bayrou, de la faveur des médias, et des sondages qui lui donnent une fausse idée de sa popularité, Alain Juppé corrige les épreuves du premier des quatre ouvrages fondamentaux qu’il a prévu de publier d’ici à dix-huit mois. L’événement de la rentrée. Consacré à l’éducation, cet essai programmatique ne saurait décemment être tiré à moins de vingt mille exemplaires dont deux mille trois cent quatre-vingt-quatre devraient être vendus et jusqu’à sept cent quinze lus jusqu’au bout par leurs acheteurs.

De , qui partage son été entre le Maroc et le cap Nègre, aucune nouvelle…

Les Français, en vacances eux aussi, n’ont pas prêté une attention particulière à quelques changements récemment intervenus dans le paysage médiatique français.

Dès le début de septembre, Le Parisien, l’un des deux derniers quotidiens populaires français, avec Ouest France, passera des mains de Marie-Odile Amaury à celles de Bernard Arnault, qui fut témoin du second mariage d’un homme politique français dont le prénom commence par un N, et en est resté un intime.

Sans attendre l’automne, Vincent Bolloré a fait le ménage à Canal+. L’actuel patron de Vivendi, s’en souvient-on, est ce milliardaire qui avait prêté son yacht, en mai 2007, à un homme politique français, tout juste élu président de la République, dont le nom commence par un S.

Cette semaine se concrétisait la prise de contrôle de Valeurs actuelles par un milliardaire franco-libanais, M. Iskandar Safa, que ses activités dans la construction navale et sa proximité avec feu Charles Pasqua désignaient évidemment à ce nouveau rôle de patron de presse. Dans le numéro en cours de Valeurs actuelles, Étienne Mougeotte, co-directeur opérationnel de l’hebdomadaire avec Charles Villeneuve, annonçait très clairement son intention de se ranger derrière le futur candidat unique de la droite et du centre dont il traçait un portrait-robot qui ressemblait trait pour trait à un homme politique dont le prénom commence par un N et le nom par un S.

Ajoutons, pour mémoire, que M. Nicolas Sarkozy n’a pas a priori à redouter l’hostilité systématique des médias que contrôlent respectivement M. Serge Dassault, M. Martin Bouygues et M. Arnaud Lagardère, et nous aurons fait avec lui le tour du sujet et de la presse française.

L’ancien président de la République n’aura rien laissé au hasard ni à ses concurrents. Où l’on peut voir la distance qui sépare des amateurs distingués d’un grand professionnel.

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