Insupportable en tant que personne, politiquement incohérent, déplorable chef d’Etat engagé dans une compétition serrée pour la plus haute marche du podium de l’impopularité avec son prédécesseur et son successeur… Je fais partie de cette majorité de Français qui ne regrettent pas la défaite de en 2012 et qui ne souhaitent pas son retour en 2017.

Pourtant, pourquoi ne pas l’avouer, dans un premier temps, la garde à vue prolongée, puis la mise en examen d’un ancien président de la République ont suscité chez moi comme, je l’imagine, chez beaucoup de Français, outre l’étonnement, un premier réflexe que l’on peut définir comme « légitimiste ».

Voir ainsi traité par des policiers et des juges d’instruction, avec si peu de ménagements, avec si peu d’égards, un homme qui, pendant cinq ans, et il y a en somme si peu de temps, était le premier magistrat de la République, gardien de la Constitution, représentant de la France… C’était reporter le respect dû à la fonction présidentielle et aux lois sur un personnage qui a abaissé celle-là et violé celles-ci.

Or, de quoi s’agit-il ? Ce qui vient d’arriver à Nicolas Sarkozy est non seulement tout à fait légal, mais, pour ce que l’on en sait, solidement étayé. Les juges qui ont retenu contre lui les accusations de trafic d’influence et de corruption active ont traité l’ancien patron de la magistrature comme ils auraient traité n’importe quel justiciable, n’importe quel citoyen, et apparemment comme il le mérite.

Alors que l’immunité présidentielle, puis l’abnégation de ses fidèles et l’indulgence de tribunaux complaisants ont scandaleusement couvert et protégé un Jacques Chirac contre les condamnations qu’il encourait, tout indique que son successeur sera jugé conformément aux lois qui nous régissent tous et qui s’appliquent aussi à ceux qui ont la charge et le devoir d’en surveiller l’exécution. L’événement survenu hier fait rentrer la France dans la normalité et ceux qui, dans ce pays restent attachés aux principes qui fondent la démocratie ne peuvent, quelles que soient leurs opinions et leurs choix politiques, que s’en féliciter.

Et qu’on n’aille pas nous rebattre les oreilles de je ne sais quel complot, comme le fait déjà le cercle des proches de Nicolas Sarkozy. Que les socialistes se réjouissent si cela leur chante de voir un adversaire dangereux en difficulté. Leur tour viendra.

Que les magistrats qui ne portent pas Sarkozy dans leur cœur – et pourquoi aimeraient-ils le président méprisant qui les comparait à des petits pois ? – soient ravis de faire subir à ce cornichon toutes les rigueurs de la loi est une chose.

Le fait demeure que l’orgueilleux petit homme qui se croyait au-dessus de la loi, et, loin d’en être le garant, était le premier à s’asseoir sur la légalité, à la contourner ou à la tordre à son avantage, va devoir payer pour ses fautes.

Pour la première fois, les juges n’ont pas reculé devant l’ancien président, et ce n’est sans doute pas la dernière. Ce n’est pas une casserole que traîne derrière lui M. Sarkozy mais toute une batterie de cuisine et ce nouvel obstacle surgit en travers de son chemin alors même que venait de lui tomber dessus la tentaculaire affaire Bygmalion.

Nicolas Sarkozy peut-il encore se présenter comme le seul candidat à même de battre François Hollande et Marine Le Pen, rassembleur de son camp, deux ex machina qui tomberait du ciel au moment qu’il aurait choisi ? Le vide, d’un seul coup, s’est fait autour de lui. Les fidèles se font rares, les courtisans, les godillots, les girouettes, la piétaille s’accordent à répéter rituellement qu’on ne commente pas une procédure en cours, les rivaux et les jeunes ambitieux, la main sur le cœur, disent déjà : « Je ne connais pas cet homme ».

Un autre, dans ces conditions, serait tenté d’abandonner la lutte. L’animal politique qu’est Sarkozy, blessé et d’autant plus dangereux, peut y puiser au contraire une nouvelle ardeur. Mais est-il encore le maître de son propre jeu ? Politiquement affaibli, moralement discrédité, l’ancien président risque désormais, tout simplement, d’être disqualifié par la justice. Ce n’est pas tout de vouloir se présenter à l’élection présidentielle, encore faut-il en avoir conservé le droit.

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