Sapin, un optimiste à tout crin

Certes, la situation de la France est meilleure que si elle était plus pire ! C’est, en gros, ce que le ministre des Finances et des Comptes publics nous laisse entendre avec l’assurance d’un vieux routier de Bercy.

Invité au “Grand Jury” de LCI dimanche dernier, il n’a point trébuché sur les questions directes des intervenants habituels, peu formatés aux analyses économiques de gauche. Sa maîtrise des chiffres lui donne une grande certitude avec les lettres et les traqueurs de loups camouflés en furent pour leurs frais.

Décidément, la formation ENA, grand cru classé Voltaire, est une cuvée qui résiste bien et même s’enrichit – si j’ose dire – aux secousses du temps. Comme les bordeaux que l’on embarquait naguère sur les goélettes pour les faire bonifier avec les fluides ondulations des vagues océanes, le temps d’un aller-retour vers les Amériques…

Avec une autorité impressionnante, voire un tantinet méprisante, le ministre a commenté une économie en reprise dont les bénéfices pouvaient être judicieusement « redistribués ». La distribution est le maître mot qui ravit les ravis, de plus en plus rares, et exaspère les classes dites moyennes, large communauté regroupant les contributeurs muets auxquels on promet les beaux jours, planqué sous un parapluie. Lundi, face à l’étonnement légitime de certains analystes, il a réitéré en estimant publiquement qu’il « n’était pas illégitime de redistribuer les fruits de la croissance » ! Pan sur le bec du pessimisme ambiant.

Son camarade d’école qui occupe l’Élysée, quand il n’est pas en voyage vers des terres lointaines ou en goguette dans une tribune de stade, cultive le même optimiste, mais de manière plus enjouée. Face aux turbulences de la rue, du rail et du ciel, il jette des milliards par-dessus son épaule gauche, comme jadis les matrones le faisaient du sel, pour exorciser un sortilège. Pas de problème, c’est l’État qui paye.

Pour l’instant, l’important, c’est l’Euro. Pas celui auquel vous pensez en terminant votre déclaration de revenus en ligne, non, celui qui sacralise cette fête internationale sur fond de tour Eiffel et de « fan-zones » tricolores. Le ballon rond va-t-il nous sauver — momentanément — du manque de ronds ?

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