[SANTÉ] Téléconsultation : faute de médecins, place au coupe-file payant
Mal de tête, nez qui coule, plaque rouge… ces symptômes, et bien d'autres encore, peuvent amener à consulter. Dans les grandes villes, c’est assez facile. Il suffit presque de chercher un rendez-vous sur une application bien connue pour avoir un créneau. Dans les zones rurales, en revanche, ce n’est pas toujours évident. Les salles d’attente sont souvent saturées et le malade, lorsqu’il arrive, sait qu’il va y laisser une demi-journée. À moins que…
Et s’il y avait un moyen de griller la priorité à tout le monde ? C’est possible, moyennant finance. Pas chez le généraliste du coin, certes, mais en pharmacie, dans les officines qui ont réduit leurs rayons libre-service pour laisser place à des cabines de téléconsultation.
En cabine mais sans cabinet
Le patient s’installe sur un tabouret ou sur un petit banc, devant des instruments médicaux (tensiomètre, thermomètre…) et devant les outils numériques nécessaires à la communication (webcam, micro, écran…). Une fois assis, il remplit quelques formalités, il passe notamment sa carte Vitale dans un lecteur dédié. Puis le module cherche un médecin qui va pouvoir prendre en charge le malade.
Lorsque BV a fait le test, le temps d’attente estimé était de 1 h 50. C’est à cette étape que le patient choisit ou non de poursuivre et, désormais, qu’il lui est proposé une option coupe-file payante. Selon le cas, ou plus précisément selon le nom de l’entreprise qui est derrière la cabine de téléconsultation, cet avantage est facturé entre 5 et 20 euros.
Une fois la somme acquittée, le patient fait un bond en avant dans la salle d’attente virtuelle et est averti qu’il n’a plus que 20 minutes à patienter. En réalité, le mécanisme serait un peu différent. Julien Cutolo, le PDG de Tessan, l’une des entreprises qui proposent le service, a expliqué à nos confrères d’actu.fr que le patient ne passait pas devant tout le monde mais dans une autre salle d’attente où la file est moins longue. Vu comme ça…
La santé monnayée
Contrairement à ce qui est sous-entendu, ce n’est pas plus éthique, car les patients qui ont les moyens peuvent être traités avant les autres. Même en le tournant dans tous les sens pour trouver une once de vertu dans cette pratique, impossible de ne pas en venir à la conclusion suivante : ces coupe-files vont à l’encontre de l’un des articles les plus importants du Code de la santé publique, le L.1110-3, qui indique : « Aucune personne ne peut faire l'objet de discriminations dans l'accès à la prévention ou aux soins. »
Ici, la discrimination se fait par le porte-monnaie. Certains, les plus pressés, les patients impatients, les inquiets qui veulent avoir des réponses sur leur état rapidement et d’autres y trouveront évidemment leur compte. Inutile de les accabler.
Ceux qu’il faut en revanche pointer du doigt, ce sont tous les hommes en gris et non en blouse blanche qui ont, par leurs décisions, rendu l’accès aux soins difficile : augmentation du temps de formation, notamment pour les généralistes, numerus clausus trop restrictif, mise en place d’une politique d’installation non ciblée…
À la sortie de la cabine, le patient est rassuré, il repart avec une ordonnance. Dans une semaine, il sera sur pied. Le système de santé français ne peut pas en dire autant.







































27 commentaires
Cette discrimination sur la santé par l’argent est scandaleuse (et anticonstitutionnelle, du coup).
Ah, on voit bien qu’on a un gouvernement d’extrême droite, comme je l’explique parfois ici.
Il est normal de payer plus cher si on veut gagner du temps. C’est pareil pour les livraisons postales, il y a le tarif lent et le tarif rapide. Le TGV est plus cher que le train lent …
« Le temps c’est de l’argent « .
Un être humain ,n’est pas un colis, en plus dans le cas présent, un patient qui est un malade, et qui souvent sera une personne âgée. L’être humain ne pèse pas lourd chez vous, et tôt ou tard vous serez probablement dans cette situation.
Et pendant ce temps là, nos politiques et administrateurs continuent à nous les briser menu avec leur sempiternel système-de-santé-français-le-meilleur-du-monde, pour nous culpabiliser et condamner notre ingratitude. C’est du f de g.
Les officines de prises de rendez-vous sont un véritable dédale informatique. Et même, on tombe sur des pages d’auto-publicité en anglais, sans le moindre formulaire. Je me ferai suivre par un cardiologue une autre fois.
Et celui qui attend son tour à l’extérieur de la cabine il a droit aussi à un coupe file ? Parce que 20 minutes c’est long quand même.
Le 20 septembre je téléphone àl’hôpital de N…… pour prendre rendez-vous pour une échographie abdominale. Il n’y plus de place pur le mois de septembre et on me demande de rappeler le 29 septembre, jour où les rendez-vous sont ouverts pour le mois d’octobre. Le 29 septembre à neuf heures (heure d’ouverture du service) j’appelle et, miracle, on me répond et on me donne un rendez-vous pour… le12 octobre. J’ai du mal à comprendre comment tant de rendez-vous ont pu être donnés entre 9h et 9h5′ quand j’ai eu le service en ligne. Vous avez dit « passe droits » ? Je n’ai jamais vu autant de mépris envers les patients.
Cela fait un bout de temps que nous subissons une médecine de ruches, que l’honnête Nicolas qui bosse ou a bossé toute sa vie, payé des impôts et des cotisations sociales, est abandonné avec la priorité des soins pour les plus riches, et la gratuité en pkuW pour ceux qui n’ont jamais cotisé. C’est la justice et l’égalité bénéfice de la révolution dont rêve le millionnaire Mélancon ?