Si les Britanniques célèbrent Shakespeare et sa question philosophique, les institutions de Bruxelles et de Strasbourg paraissent la décliner sur un mode plus politique, voire économique : “Être ou ne pas être européen.” Mais de cette réponse à la question de « l’être » dépend alors la possibilité ou non de « l’avoir », autrement dit de recevoir des subventions.

C’est un journal suédois, Expo, réputé pour son sérieux, qui informe de l’existence d’une allocation de 400.000 euros, à laquelle s’ajoutent 197.625 euros supplémentaires, attribuée par le Parlement européen à une fondation Europa Terra Nostra. Or, cette dernière semble réputée très proche de l’Alliance paneuropéenne pour la paix et la liberté dont le fondateur se proclamerait ouvertement « fasciste », émigré au Royaume-Uni après avoir été impliqué dans un attentat meurtrier à Bologne en 1980.

Des voix au Parlement européen se sont justement émues de ce financement après la divulgation de l’information. Mais il semble que ladite fondation ait respecté, dans sa charte constitutive comme dans sa demande écrite de financement, « les principes de l’Union européenne », à savoir la liberté, la démocratie et les droits de l’homme. Un « copier-coller » suffirait donc pour obtenir des subventions sans mesurer l’adhésion réelle à des principes essentiels en théorie et en pratique. Qui plus est, le label pro-européen serait un brevet de bonne conduite suffisant à l’octroi de subvention.

Ce formalisme textuel a de quoi étonner les défenseurs de la dignité et du respect de l’être humain dans toute son acception. En quoi une association connue pour ses thèses hostiles à l’État de droit mais se déclarant « pro-européenne » recevrait un financement, contrairement à des partis hostiles à l’Europe des traités actuels mais partisans d’une Europe des peuples, des nations ou des États ?

L’Europe historique, longtemps appelée la chrétienté, tout comme l’Europe géographique, n’ont pas attendu les institutions actuelles de Bruxelles pour exister et susciter les débats.

Par contre, notre Vieux Continent a dû patienter jusqu’en 2016 pour lire de la plume d’un ancien haut fonctionnaire de la Commission la proposition d’interdire tous les référendums en Europe portant sur les politiques européennes. En effet, pour Fraser Cameron, “les référendums deviennent un grand problème pour l’Europe…” Les résultats négatifs de ces dernières années (en France, Grèce, Danemark, Pays-Bas) n’ont sans doute pas encouragé la fibre démocratique de certains. Reste que cette proposition britannique a au moins le mérite de la franchise.

Si certains inconditionnels de l’Europe politique actuelle croient encore à l’impératif démocratique de l’Union, il est non moins impératif qu’ils relisent Shakespeare, un vrai penseur et grand Britannique. 

Être européen ne signifie plus rien si le référendum est banni.

Mais ne pas être européen peut supporter l’attente ; c’est espérer une Europe plus juste.

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