Non contents de réclamer plus de 10 milliards de dollars à BNP Paribas, les États-Unis viennent d'annoncer vouloir le scalp d'une dizaine de dirigeants de l'établissement français. Motif : "la banque d'un monde qui change" aurait oublié que a légèrement changé ces dernières décennies, violant les embargos économiques américains contre le Soudan, l' et en effectuant des paiements en dollars dans ces pays. Fair, la sanction des États-Unis ? Gloutonne, surtout.

Ce n'est pas la première fois qu'une banque commet ce crime de lèse-majesté. HSBC, Standard Chartered ou encore ING s'étaient déjà fait prendre le nez dans le sac de billets verts, foulant au pied les embargos américains. Ces banques avaient respectivement écopé de 1,9 milliard, 667 millions et 619 millions de dollars d'amendes, et s'en étaient tirées sans poursuites pénales.

Alors, pourquoi une telle sévérité envers BNP Paribas ? Déjà, parce que la banque a tenté de maquiller les transactions afin que les bénéficiaires finaux n'apparaissent pas. Ne jamais jouer au plus fin avec les Américains. Mais aussi, et surtout, parce que le BNP Paribas Gate intervient dans un contexte particulier, alors que l'opinion américaine réclame des sanctions à l'encontre des banques, le scandale des subprimes étant resté impuni. Un petit remontage de bretelles pour l'exemple, donc. Et tant pis (tant mieux) si cet exemple prend des allures de pogrom mâtiné de french bashing. Quitte à dézinguer une banque, autant qu'elle soit étrangère.

"Les pratiques de BNP Paribas ressemblent à un bras d'honneur fait à la réglementation américaine", lâche un responsable de banque américaine. Profiter d'un écart de BNP pour ponctionner une banque française tout en étanchant la soif de vengeance de l'Américain moyen à l'égard de la finance, on comprend les motivations des États-Unis. Ce qu'on comprend moins, en revanche, c'est la passivité de nos pieds nickelés du gouvernement. Aucune déclaration publique, ou presque. À peine le sujet sera-t-il abordé lors de la prochaine visite d'Obama en France. La fermeté légendaire de notre Président devrait encore faire des merveilles.

Que dit cette affaire ? Quelle leçon en tirer ? Un constat, déjà. BNP Paribas a respecté le droit français, le droit européen, le droit international, mais aurait contrevenu au droit américain, en utilisant le dollar. Problème : le dollar est actuellement la seule monnaie de réserve internationale. Difficile de le contourner, même si cette affaire devrait contribuer à encourager un nombre croissant de pays à s'en détourner pour leurs échanges internationaux, au profit de l'euro ou de leurs monnaies respectives. Le formidable pied de nez de la et de la Chine, qui viennent de signer un contrat gazier pour l'équivalent de 400 milliards de dollars mais dans leurs monnaies (le rouble et le yuan), va dans ce sens. Les pays pétroliers s'y mettent l'un après l'autre. À ce rythme, l'expression "pétrodollar" n'aura bientôt plus de raison d'être.

Moralité : les États-Unis tapent sur les doigts de BNP Paribas (en s'attribuant d'autorité une compétence extraterritoriale) et se tirent une balle dans le pied, en favorisant un mouvement de fuite du dollar, déjà affaibli, au profit de l'euro. Ah si, finalement, on peut jouer au plus fin avec les Américains.

3 juin 2014

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