Lorsqu’on lui a appris que la candidate finalement malheureuse aux primaires organisées par le PS à Marseille avait droit, sur les bords de la Méditerranée, au surnom de « Ségolène Royal du Vieux-Port », la Samia Ghali du Poitou-Charentes en a eu le rose aux joues, de plaisir et d’émotion. Il est vrai que les deux dames ont quelque ressemblance, sinon de traits, au moins de caractère et de comportement : plus proches du chien d’attaque que du chien de manchon, plus capables de mordre la main qui les caresse que de lécher la main qui les a frappées, combatives, téméraires, rayonnantes et rancunières, elles ne respectent pas les codes et les manières qui sont en usage dans le beau monde de la , elles n’apprécient pas les exercices de contorsion et de reptation auxquels il faut se livrer quand on veut faire carrière. Elles ne mâchent pas leurs mots, elles ne cachent pas leurs sentiments, elles disent ce qu’elles pensent à qui veut ne pas les entendre. Elles sont incontrôlables. Elles sont belles et rebelles.

Les fautes de Samia Ghali étaient impardonnables. D’abord, elle n’est pas née, je veux dire née là où il faut naître pour être considérée. Populaire dans les quartiers populaires au sein d’un parti où l’on ne fréquente les gens des cités que pendant les campagnes électorales et où l’on échange leur vote contre des subventions, elle est suspecte de populisme parce qu’elle parle aux gens de ce qui les intéresse et de ce qu’elle connaît dans un langage qu’ils comprennent. Elle parle moins des valeurs que des réalités et elle ose parler d’ordre public et réclamer de la fermeté là où il est de bon ton d’excuser toutes les dérives sous prétexte que les auteurs n’en sont pas responsables, donc pas coupables. Elle a bravé et mis en échec une ministre que le gouvernement avait parachutée et patronnait. On a rassemblé contre elle au second tour la coalition des notables derrière celui qui était devenu le candidat officiel, comme au bon vieux temps du Second Empire, et colporté sous le manteau l’idée qu’il n’était pas possible qu’une femme, au surplus d’origine algérienne, emportât la mairie de Marseille. Pour battre un Jean-Claude Gaudin plus usé qu’un vieux tapis, il ne fallait rien de moins qu’un Gaudin bis de derrière les cageots. On l’a trouvé, on l’a soutenu, il est désigné, c’est Patrick Mennucci, dont le parcours, l’allure, l’éloquence et les soutiens laissent prévoir que même si Marseille passait de la à la , ce serait le changement dans la continuité des personnes, des compromis et des magouilles dans une ville qui a besoin d’un grand courant d’air frais et d’un grand coup de balai-brosse.

Dans la première partie d’une soirée empreinte du pittoresque désordre qui est censé être la marque de fabrique de la grande cité phocéenne, Samia Ghali n’a pas craint d’exprimer son amertume et sa colère et de s’en prendre nommément à ceux qu’elle tient pour les véritables manipulateurs, derrière le rideau, d’un spectacle de marionnettes : au Premier ministre et au président de la . Une mauvaise note de plus dans son bulletin. On ne peut qu’imaginer – mais on imagine très bien – ce qu’il a fallu de conversations, de promesses, de menaces, de pressions, de conseils d’amis et de coups de téléphone pour qu’après s’être battue jusqu’au bout de ses forces comme la chèvre de M. Seguin elle finisse par accepter de se rendre, et de se rendre à reculons à la permanence du Parti pour y entériner sa défaite, sans pour autant répondre aux appels du pied, de la main et de la voix lancés par le vainqueur ; sans accepter de parler, de poser et même de sourire, sans feindre une complicité de sentiments et d’intérêt avec celui qui prétend désormais mener les socialistes à une victoire encore loin d’être acquise. Car l’élection municipale de Marseille sera presque certainement triangulaire, voire quadrangulaire.

Samia Ghali a perdu une bataille d’où elle sort avec une notoriété nationale. On n’a pas fini d’entendre parler d’elle, à l’intérieur du . Ou ailleurs.

22 octobre 2013

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