“Bonjour à toute la en ce jour très spécial. Le signal a changé. Nous vous promettons une radio- publique indépendante du pouvoir.” Ce jeudi 11 juin, ERT (Ellinikí Radiofonía Tileórasi), la radio-télévision publique grecque, a officiellement repris l’antenne après avoir été fermée arbitrairement pendant deux ans par le gouvernement précédent d’Antonís Samarás, qui lui reprochait un “effectif pléthorique, foyer de privilèges, d’opacité et de gaspillage”. Un constat sans doute pas très éloigné de la réalité mais qui ne méritait pas un tel traitement, une fermeture brutale du jour au lendemain, avec le licenciement de 2.600 personnes, dans le cadre des mesures d’assainissement réclamées par la Troïka (Commission européenne, FMI, Banque centrale européenne). Cette décision avait provoqué une émotion considérable, tant en Grèce qu’à l’étranger. Jusque-là, aucun pays démocratique n’avait jamais interrompu aussi brutalement le signal de son organisme d’audiovisuel public, garant du pluralisme de l’information. Même les colonels ne s’y étaient pas risqués…

La réouverture du service public, deux ans jour pour jour, était l’une des promesses de du nouveau Premier ministre grec, . Le coût de fonctionnement du nouveau groupe s’élève à 60 millions d’euros par an et sera couvert par la redevance, fixée à 3 euros par mois, selon la loi. Un pari risqué dans la mesure où l’on prévoit la réintégration des anciens salariés qui le souhaitent : 1.600 d’entre eux se sont déjà manifestés. Et cela d’autant plus que le gouvernement d’Aléxis Tsípras s’est engagé à ne pas imiter la gestion de ses prédécesseurs qui s’étaient illustrés par le gaspillage, avec un budget annuel de 300 millions d’euros, une d’embauche clientéliste, et surtout par un manque d’indépendance.

Il existe incontestablement une place pour une télévision publique de qualité, dans un « paysage audiovisuel » plus que misérable : “Le paysage audiovisuel du pays est en lambeaux : les chaînes privées, qui en occupent la majorité, servent les intérêts des richissimes oligarques qui les dirigent. […] Au menu, chaque jour : journaux d’information de piètre qualité, divertissements low cost et propagande anti-SYRIZA”, constate Jean-Baptiste Roch dans Télérama. Ces chaînes privées sont tenues à bout de bras par les milieux financiers. 

“Les banques grecques, qui ne prêtent plus d’argent à personne, n’hésitent pas à leur accorder des prêts”, explique encore, dans Télérama, Nikos Smyrnaios, universitaire grec établi en France et spécialiste des “Clou de cette situation ubuesque” pour Télérama : “Les chaînes privées occupent gratuitement depuis des années des canaux de diffusion, sans rien payer à l’État. Le Premier ministre Aléxis Tsípras aura-t-il le pouvoir de renverser cette aberration ?” C’est tout un système qu’il faut changer dans l’œuvre de reconstruction qu’il a si vaillamment entreprise, dans cette Grèce inquiète, si précaire et si menacée.

12 juin 2015

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