Editoriaux - Justice - Politique - Santé - Société - 7 février 2013

Salles de shoot : un pis-aller pour éviter le pire

Si la sagesse, la prudence, la maîtrise de soi… et le bonheur étaient les choses du monde les mieux partagées, nul n’abuserait ni peut-être même n’userait des diverses substances euphorisantes, hallucinogènes, psychotropes et plus ou moins toxiques que sont l’alcool, le tabac et la « drogue ». Alors, tout serait pour le mieux sur la meilleure des terres possibles…

Si les lois qui répriment le trafic de stupéfiants et interdisent leur consommation étaient respectées, le problème serait résolu en termes d’ordre public.

Si la production et la commercialisation de la drogue étaient encadrées par l’État et la consommation autorisée aux seules personnes majeures, le crime organisé serait privé des ressources colossales que lui assure la prohibition ; quant à la police, à la justice et à l’administration pénitentiaire, elles pourraient se consacrer pleinement à leurs tâches normales et suffisamment lourdes de prévention, de répression et de punition des délits et des crimes de droit commun. Le problème ne se poserait plus qu’en termes de santé publique.

Revenons à la réalité. Outre 400 000 consommateurs habituels de cocaïne, 150 000 amateurs d’ecstasy et 550 000 fumeurs de cannabis, la France compterait aux dernières nouvelles 500 000 héroïnomanes. Tel est le bilan après quarante ans d’interdiction de la « drogue ». La police, la justice et, d’une manière plus générale, la société ont échoué et il serait utile d’en analyser les causes et d’en rechercher les remèdes.

Les toxicomanes que la législation actuelle contraint à se dissimuler dans des conditions sanitaires déplorables sous les porches, dans les halls d’immeubles, les gares, les squares, dans tous les recoins crasseux de nos villes, sont moins les complices que les jouets des dealers qui exploitent leur addiction. Ce ne sont pas des criminels mais des malades. Ce ne sont pas des monstres mais nos voisins, nos proches, nos enfants, enfants perdus, rejetés aux marges de notre société et d’autant moins récupérables que nous avons choisi d’évacuer plutôt que de traiter ce problème-là, comme tant d’autres.

Dès lors, faut-il les marginaliser encore davantage, faut-il les rejeter, faut-il les abandonner à leur sort, faut-il les laisser crever ou faire au moins en sorte, comme en Allemagne, comme aux Pays-Bas, comme en Suisse, qu’ils ne meurent pas misérablement d’overdose ou d’absorption de produits frelatés par leurs fournisseurs ?

Puisqu’on n’a pas réussi à éradiquer le fléau, l’ouverture de salles de consommation n’a d’autre raison d’être que d’en limiter autant que faire se peut les ravages. C’est l’aveu d’une défaite, c’est la reconnaissance d’une réalité, c’est une mesure de pis-aller. C’est s’aveugler que de lui préférer la politique du pire.

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