Entretien réalisé par Gabrielle Cluzel

Serge Lebigot, vous êtes président de l’association « Parents contre la drogue ». Coïncidence de dates, alors qu’est sorti hier votre livre Le dossier noir du aux éditions Salvator, on apprenait le même jour que, grâce à votre recours devant le Conseil d’État, la salle de shoot ne pourra pas ouvrir comme prévu à Paris. C’est une belle victoire pour vous ?

Oui, et surtout une bonne nouvelle pour tout le monde. En réalité, le
9 juillet dernier, nous avions déposé deux recours devant le Conseil d’État contre le Premier ministre, et aussi deux plaintes contre X, pouvant être Jean-Marc Ayrault et Marisol Touraine. Un premier recours a été validé par le Conseil d’État au mois d’août, au motif que le 5 février dernier, le Premier ministre s’était contenté d’annoncer à la presse l’ouverture d’une salle de shoot, sans passer par un décret alors que ce type de structure contrevient à une loi, celle du 31 décembre 1970, ce qui ne s’était jamais vu sous la Ve République. Pour le deuxième recours, le Conseil d’État vient encore de nous donner raison, la salle de shoot représentant une facilitation d’usage de stupéfiants contraire à la loi de 1970.

En entendant Anne Hidalgo annoncer que tout cela était repoussé à après les municipales, on avait l’impression qu’elle était soulagée…

Évidemment, elle l’est ! Elle qui est candidate à la mairie de Paris, et par ce fait sur le terrain, sait bien tout ce qu’elle avait à perdre sur le plan électoral avec une mesure qui relève de l’idéologie pure. Pour ouvrir une salle de shoot à Paris, on sait à présent qu’il faudra changer la loi et donc passer devant le Parlement. C’est ce que nous voulions ; nous sommes curieux de voir comment ils vont s’y prendre ! Quoi qu’il en soit, si nous n’étions pas intervenus au mois de juillet, une salle de shoot aurait été ouverte en douce.

Les promoteurs de ces « salles de à moindre risque », comme ils les appellent, avançaient des arguments sanitaires. Tout cela ne partait-il pas d’une bonne intention ?

Ces arguments ne tiennent pas. Seuls huit pays autorisent ce genre de salles, et tous les rapports montrent (dont un rapport de l’INSERM) que l’incidence sur la transmission du VIH ou de l’hépatite est nulle. Ce qui se passe en revanche, c’est que tout un périmètre autour de cette salle, où la police n’est pas présente afin de laisser les toxicomanes venir, devient une zone de non-droit où les dealers sont libres d’exercer leur petit commerce en toute tranquillité. On comprend l’enthousiasme manifeste du voisinage… Pour le dire franchement, tout cela était une vaste affaire d’idéologie, nous l’avons dit, mais aussi de copinage : on allait pouvoir subventionner, avec l’argent du contribuable, Gaïa, l’association dirigeant la salle de shoot, et on avait déjà arrosé à hauteur de 42.000 euros ESPT (Élus, Publique et Territoires), l’organisme prétendûment « neutre » chargé de faire un rapport d’expertise préalable, mais comprenant huit socialistes parmi ses neuf membres. Le rapport, comme par hasard, s’est révélé favorable…

Certains disent que l’interdiction du cannabis a cet effet pervers de faire fructifier l’économie parallèle des banlieues, comme la prohibition de l’ aux États-Unis a développé en son temps la mafia. Qu’en pensez-vous ?

Dans mon livre, après la série de témoignages, je démonte douze arguments récurrents prônant la légalisation du cannabis. La mafia, voyez-vous, a dix ans d’avance sur n’importe quel gouvernement. Après la prohibition, la mafia américaine s’est reconvertie dans le trafic d’héroïne. Pensez-vous que des gamins qui gagnent 3.000 euros simplement en dealant vont accepter sagement de repartir travailler au SMIC ? Non, bien sûr. On nous dit que le cannabis « légal » sera moins fortement dosé. Eh bien, le trafic se fera sur le cannabis plus fortement dosé (que recherchent les jeunes), sur la cocaïne qui devient beaucoup moins chère, ou encore sur l’héroïne…

11 octobre 2013

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