Culture - Editoriaux - Politique - Sciences - Société - 5 juillet 2013

Salaires des grands patrons : la prime aux mauvais !

La publication des salaires des patrons des 120 plus grandes entreprises cotées par le site journaldunet.com devrait permettre aux plus libéraux des lecteurs de Boulevard Voltaire (et Dieu sait si cette espèce n’est pas en voie de disparition…) de trouver, enfin, leur chemin de Damas.

Pour ces tenants invétérés du capitalisme, le système actuel récompense à leur juste valeur le talent et le mérite. Ces cocus, toujours contents, sont les docteurs Pangloss du capitalisme mondialisé et de la société de connivence !

Et pourtant… Observons par exemple le cas de M. Oudéa, PDG de la Société générale : le résultat net de la banque est passé de 2,385 milliards d’euros en 2011 à 778 millions l’an passé. Que croyez-vous qu’il advint de la part variable de son traitement ? Celle-ci a augmenté de 75 % ! Une paille à côté de celle de Frédéric Rose, président de Technicolor, qui a fait un bond de 93 % (1,15 million d’euros), sans compter une prime exceptionnelle de près de 600.000 euros, alors même que le résultat net pour 2012 affiche une perte de 22 millions d’euros.

Ne soyons pas aussi manichéens que nos amis libéraux en exigeant que la part variable de la rémunération des dirigeants soit exclusivement liée à l’évolution annuelle du résultat net de l’entreprise : d’autres paramètres doivent également être pris en compte (conjoncture générale et sectorielle, crédibilité du projet d’entreprise et de la stratégie…). Mais notons tout de même que l’entreprise privée, censée être le royaume de la rationalité et de l’efficacité, encourage avec autant de détermination et de constance que le secteur public la promotion des mauvais.

Ces chiffres sont révélateurs de la montée en puissance d’une vraie culture de l’incompétence qui touche l’ensemble des milieux : politiques, administratifs, médiatiques et économiques. Les « élites » bénéficient d’une présomption de compétence héritée de leur seul passage dans les grandes écoles (ENA, HEC, Polytechnique), les journalistes se contentant de Sciences Po où il est désormais plus facile de réussir le concours d’entrée que de le rater…

Direction d’entreprise, action politique, domaine du conseil ou de l’expertise : ces activités qui requièrent des compétences spécifiques deviennent pourtant aux yeux des élites des aires de jeux interchangeables au sein desquelles elles peuvent s’ébrouer avec légèreté et inconséquence. L’endogamie de l’élite française est telle qu’un cadre disposant de la formation initiale et du réseau adéquats pourra effectuer une carrière tout à fait honorable, voire brillante, en volant d’échecs en échecs. C’est sans doute cette « élite » que Sophie Coignard et Romain Gubert appellent « L’oligarchie des incapables ».

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