Je n’aurais pas écrit “Capture d’un salaud” (Le Parisien) et je n’aurais pas dit, comme le député LR Alain Marsaud : “La naïveté des Belges nous a coûté 130 morts”.

Ce sont deux réactions d’instinct qui ne se justifient que par l’immédiateté.

[…]

Le ministre de l’Intérieur, à l’issue de cette exemplaire coopération franco-belge, était fondé à entonner un péan de victoire et de reconnaissance, mais il est trop conscient de ce qui reste à accomplir et des menaces graves persistantes pour croire, au-delà de son caractère symbolique, à son volontarisme optimiste. Il l’a d’ailleurs vite nuancé et infléchi dans un sens plus préoccupant.

La deuxième période qui s’ouvre aura de l’instruction et de la justice sur la planche.

Salah Abdeslam, avec roublardise et avec également le bouclier, la protection constitués par une familiarité et une proximité insoupçonnables – “pendant tous ces mois, il était là”, selon un habitant de Molenbeek -, est demeuré, alors qu’on le présumait loin, dans le quartier bruxellois de son enfance. Il a été interpellé le lendemain de l’inhumation à Bruxelles de son frère Brahim, qui s’était fait exploser à , Comptoir Voltaire.

Si “un geste citoyen” n’avait pas alerté les services, probablement Salah Abdeslam aurait-il encore, durant des jours et des semaines, pu bénéficier de ce havre de sûreté au moins relative, profiter de ce cocon.

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La justice belge l’a inculpé de meurtres terroristes, puis incarcéré. Comme c’était prévisible, il a refusé son extradition vers la France. Pourtant, dans un délai qui ne sera pas aussi bref sans doute que l’aurait espéré le président de la République, notre pays aura en charge le sort de Salah Abdeslam.

Malgré la compétence et la mobilisation du parquet, la diligence et l’efficacité des magistrats antiterroristes qui l’interrogeront et procéderont aux investigations nécessaires, il ne sera pas renvoyé devant une cour d’assises spéciale avant un très long temps.

Je ne voudrais pas que, comme il est classique, l’insupportable attente d’une justice rigoureuse fasse naître des débats périphériques par rapport à la préoccupation essentielle : faire juger et condamner Salah Abdeslam le plus vite et le plus équitablement possible.

J’entends par là que, si on pouvait éviter les questions oiseuses sur la longueur de la traque, la complaisance prétendue des autorités belges et le scandale de Molenbeek – comme si nous n’avions pas, en France, des cités de non-droit interdites à la police et à forte propension islamiste -, ce serait heureux pour le cours de la justice et l’infinie et douloureuse “curiosité” des victimes et de leurs familles.

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Je ne méconnais pas que, pour l’ensemble de ces âmes blessées et de ces corps meurtris, le voir face à eux dans le box représentera déjà une forme de délivrance. Il y en aura au moins eu un !

Mais que les futures parties civiles ne s’illusionnent pas sur la thérapie du procès. Celui-ci n’est pas fait pour cela et, aussi exemplaire qu’il soit, il laisse souvent un sentiment d’inachèvement. Des questions sans réponse. Il n’est jamais à la hauteur de l’immensité des dévastations. Il ne faut pas en attendre trop pour qu’il apaise déjà un peu.

La condamnation de ce coupable sera une seconde joie amère.

Elle ne fera pas oublier les absences chères, les blessures toujours vives, les monstruosités.

[…]

Extrait de : Salah Abdeslam : une joie amère à savourer vite…

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