Accueil Editoriaux Russie, une dictature… Vraiment ?

Russie, une dictature… Vraiment ?

Ce dimanche 27 septembre, je me rends à l’European Medical Center (EMC) pour une intervention bénigne. Il fait 26 degrés. En sortant du métro – pas une panne depuis neuf ans que je vis dans cette ville -, je passe devant la nouvelle Grande Mosquée, qui n’a rien à envier aux mosquées d’Abou Dhabi ou de Dubaï (« théocratie orthodoxe », « religion communiste remplacée par l’Église orthodoxe », vraiment ?). Ouverte aux fidèles depuis peu, la Grande Mosquée a été inaugurée la semaine dernière en présence du président Turc Erdoğan (« isolation », vraiment ?).

J’aperçois bientôt au bout de la rue le logo de l’EMC – un drapeau de l’Union européenne stylisé ; sur le chemin, une jeune femme attablée en terrasse arbore un tee-shirt orné du drapeau américain (« haine de l’Occident », vraiment ?). J’entre dans le lobby de la clinique. L’EMC, fréquenté par les expatriés et les indigènes aisés, est bien connu pour ses tarifs exorbitants, réglés par les assureurs en euros sonnants et trébuchants ; l’établissement ne désemplit pas pour autant, et essaime dans la capitale au rythme d’une nouvelle clinique par an ces dernières années (« économie en ruine », vraiment ?).

Dans la salle d’attente du premier étage, je retrouve, comme à l’accoutumée, le Moscow Times sur son présentoir, quotidien anglophone (contrôlé par un groupe finlandais) qui, dans chacun de ses articles, tire à boulets rouges sur le gouvernement et le pays, « corruption » par-ci, « échec » par-là. Sur l’écran plat au-dessus de moi, on diffuse la version russophone de la chaîne paneuropéenne euronews, qui présente les actualités selon le strict point de vue de l’Union européenne, et a notamment relaté avec enthousiasme en 2013 et 2014 les développements de « l’Euromaïdan » ukrainien.

Il est d’ailleurs pratiquement impossible d’entrer dans un lieu branché de la ville (et ils ne manquent pas !) sans tomber sur le Moscow Times, comme il est pratiquement impossible d’entrer dans un « business center » de la ville (et ils ne manquent pas !) sans tomber sur euronews. Un bref exercice de l’esprit : imaginons un instant un présentoir Sputnik ou un écran diffusant Russia Today chez votre dentiste favori de Paris… Dictature, vraiment ?

Quelques minutes après, je rentre chez moi. Rue Guiliarovski, je passe devant l’école Romain-Rolland, une école primaire publique bilingue centrée sur l’apprentissage du français. Au premier étage, on y trouve un petit musée de l’escadrille Normandie-Niémen, une escadrille de pilotes français – souvent nobles – qui ont combattu l’Allemagne nazie aux cotés des Soviétiques. Je pense, songeur, à notre gouvernement « socialiste ». Au fait, j’oubliais : je vous écris de Moscou.

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