Rien n’est plus encombrant qu’un ami maladroit. À peine Closer avait-il paru, ajoutant aux innombrables sujets de mécontentement de soixante-cinq millions de Français un nouveau sujet de conversation, Jean-Christophe Cambadélis, ancien candidat malheureux - mais pas découragé - à la direction du PS, volait en bon gros ours au secours d’un président de la République en difficulté, son pavé à la main.

Oubliant dans l’émotion que son parti et ce gouvernement sont des pratiquants assidus de la diversion (mariage pour tous, montée du FN, affaire Taubira, alias de la banane, affaire Dieudonné, dite de la quenelle), Cambadélis soutenait avec ardeur la thèse que dans la situation où est notre pays, enlisé dans la crise, ployant sous le fardeau de sa dette, perdant pied sur tous les marchés, incapable jusqu’à présent d’inverser la courbe du chômage et de remonter la pente, ce n’était peut-être pas le moment d’étaler et de commenter, au défi du respect dû à sa vie privée, les frasques du chef de l’État. Le Président s’amuse, et alors ? La France a tant de problèmes, autrement plus graves, à affronter et à résoudre.

La chose n’est pas douteuse. Mais le problème, précisément, est qu’à entendre les propos du zélé défenseur de François Hollande, la première réaction qui venait à l’esprit était que celui qui a cherché et qui a réussi à devenir le premier des Français a autre chose et mieux à faire, alors qu’un vent mauvais souffle en tempête, que de courir le guilledou comme le jeune homme et le simple citoyen qu’il n’est plus.

Et quand on dit courir, le mot n’est peut-être pas le plus approprié. Pour accéder au pied-à-terre, situé à 150 mètres de son bureau, rue du Cirque (ça ne s’invente pas), qui était devenu le lieu d’élection de ses siestes crapuleuses et autres moments de détente, le Président n’avait en somme qu’à traverser l’avenue Marigny. D’autres auraient fait le trajet à pied. Mais, soucieux de préserver son incognito, c’est suivi d’un seul garde du corps qu’il aimait entre tous, pour sa grande bravoure et ses petits croissants, que notre facétieux chef de l’État avait choisi de se déguiser en livreur de pizza et de déjouer la curiosité des paparazzi en se faufilant dans la nuit parisienne au guidon de son scooter.

Au fur et à mesure que les médias diffusent de nouveaux détails sur ces discrètes escapades qui étaient apparemment bien connues d’un certain nombre d’initiés - journalistes ou policiers –, on est sidéré par l’imprudence et la légèreté des protagonistes de ce feuilleton qui oscille entre le ridicule et le sordide.

Jacques Chirac, nous dit-on, était déjà un familier de cette commode garçonnière que ses propriétaires, sans aucune arrière-pensée, sans aucune contrepartie, sans crainte de voir la chose s’ébruiter, sans en parler à qui que ce soit d’autre que leurs proches - dont un certain nombre, semble-t-il, se trouvent être des truands –, mettent si obligeamment à la disposition des chefs d’État. Entre Corréziens, on s’est refilé cette bonne adresse parisienne.

Depuis son élection, on voyait dans le Président « normal » une sorte de M. Perrichon, un peu balourd, un peu plan-plan, et par là même, d’une certaine manière, attendrissant. On le découvre sous les traits d’un de ces personnages de Feydeau, virtuoses de l’adultère bourgeois, obsédés du cinq à sexe, qui déploient mille ruses pour organiser leurs rendez-vous secrets et se prennent les pieds dans leurs combinaisons, leurs tapis, leurs intrigues et leurs beaux draps.

Des goûts et des couleurs… C’est à chacun de décider si François Hollande a encore l’âge et s’il a le physique de ce genre de fredaines. En revanche, il n’est pas douteux qu’elles s’accordent mal avec sa charge, plus mal encore avec les temps que nous vivons, qui font de celle-ci un emploi à temps plein. Pas de quoi fouetter une chatte, aurait dit feu Félix Faure. Oui, mais le président de la République, sous la Cinquième, n’est plus un dessus de cheminée à qui l’on ne demande que d’être décoratif. Ce n’est pas dans la rubrique des potins de la Commère qu’on souhaite qu’il fasse parler de lui.

L’affaire tombe du reste aussi mal que possible. À la veille de la conférence de presse où il devait présenter et préciser le contenu de son fameux pacte de responsabilité, on se demande si François Hollande va renouveler ou non son pacte de fidélité. Le Président devait dire dans quel délai il comptait résoudre le problème de l’emploi. On va surtout l’interroger sur l’emploi qu’il fait de son temps. Que ce soit dans son jardin secret, que ce soit dans le domaine public, une clarification s’impose.

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14 janvier 2014

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