Les ramassent donc maintenant pour eux-mêmes, mais aussi pour toutes les autres communautés passées avant eux sur les sentiers de la délinquance et que l’on n’osa pas tancer avec autant de vigueur. Rappelez-vous ce lieu commun de l’instituteur énervé qui subit des heures durant des gamins turbulents sans oser en sanctionner un seul et qui, en fin de journée, se vide comme dans une pissotière sur l’élève trop sage, punissant sévèrement le malheureux pour une faute dérisoire.

Les Roms deviennent le sujet idéal des politiciens qui veulent se donner l’air bravache sans prendre trop de risques, mais aussi les souffre-douleur de cette société du non-dit où les gens taisent leur mécontentement jusqu’à ce que celui-ci s’exprime sans permission avec toute la force du refoulé.

En outre, les Roms sont des cumulards : ils ne se contentent pas de céder parfois aux sirènes de la délinquance, ils exaspèrent également par cet étalage de misère que les gens ne veulent plus voir.

En effet, il est vrai qu’ils mendient souvent et que leurs femmes, qui pourraient avoir la décence de faire leurs courses chez Chanel, font des tentatives vestimentaires plutôt maladroites qui contrarient la sensibilité visuelle de certains passants. Nos sans-abri qui s’assoient près des distributeurs dérangent aussi, je le crains, l’harmonie du paysage et l’insouciance des riverains, mais il faudra peut-être se souvenir un jour que les pauvres souffrent suffisamment pour avoir d’autres soucis que celui de troubler notre quiétude !

Il serait plus efficace de s’en prendre aux grandes mafias, dont le danger n’est plus à démontrer, que de secouer le miséreux qui se traîne le ventre vide dans les wagons en demandant de quoi manger, mais il faut avouer qu’il est plus facile de discuter comme des bonnes femmes que de régler les grands problèmes.

L’on peut se demander pourquoi les dirigeants qui ont suffisamment de salive pour déblatérer sur certains fléaux sont incapables de convertir le dixième de leur acharnement verbal en actes véritables. Nous avons dans certaines gesticulations politiciennes toute la brutalité stérile d’un discours purement démagogique alliée à la réalité du laxisme le plus faiblard ; la fermeté tranquille n’est, en effet, pas à la portée de n’importe quel Clemenceau en carton-pâte.

Il est possible d’approuver les constats lucides sur la délinquance immigrée tout en dédaignant l’usage qui en est fait. C’est ainsi que lorsque l’on voit certains politiques se servir des Roms pour faire oublier leur propre impuissance ou leur incompétence, comme le fort dispose du faible pour son propre profit, l’on peut éprouver un sentiment qui confine au dégoût.

Tant que nous y sommes, parlons aussi d’une autre délinquance, plus grave encore que celle de l’immigré, et dont il est peu question dans les médias traditionnels. Cette délinquance qui se joue aux plus hautes sphères du pouvoir et qui demeure souvent impunie, à l’ombre de l’ignorance populaire car il est évident que l’insécurité préoccupera toujours davantage l’homme ordinaire que les grandes magouilles, aussi longtemps que nous croiserons plus souvent des voleurs de rue que de puissants corrompus. La rudesse de la réalité quotidienne s’incline, hélas, devant les grandes questions qui nous paraissent lointaines.

Tout peuple, dit-on, réclame du pain et des jeux. À défaut d’avoir le pain, la France aura au moins les jeux. Et ce sont les hommes politiques en personne qui se dévouent pour participer à ce charmant cirque médiatique qui ravit le peuple comme le gamin en pleurs qui se ravise à la vue du hochet qu’on lui tend.

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