Rome, la grande faillite

Le néo-gouvernement de Matteo Renzi vient d’adopter en urgence un décret-loi, « Salva Roma », pour sauver le budget de la capitale italienne au bord de la faillite.

Il était très énervé, Matteo Renzi, la semaine dernière : son compagnon de route du PD (Partito Democratico, gauche), le maire de Rome Ignazio Marino, menaçait de bloquer les services municipaux de la ville – éclairage et transports publics, voirie – et de présenter sa démission (c’était plutôt une bonne nouvelle) si le gouvernement ne volait pas à son secours.

Prendre en otages les Romains qui n’en peuvent plus et, au passage, menacer de saboter les canonisations de Jean Paul II et Jean XXIII, pour lesquelles sont attendus des millions de catholiques fin avril : la stratégie d’Ignazio Marino, le Delanoë local, a payé. Le gouvernement de Matteo Renzi, arrivé au pouvoir sans élections mais à coups de promesses d’allégements fiscaux, vient d’autoriser, par un décret-loi, le transfert de 570 millions d’euros de l’État italien en faveur de la ville de Rome, à laquelle il manquait plus de 850 millions d’euros pour boucler son budget.

La faillite de la capitale italienne est évitée de justesse, mais à quel prix et pour combien de temps? Et puis, comment en est-on arrivé au quasi-dépôt de bilan d’une des plus grandes capitales européennes ? L’honnêteté oblige à dire que la mauvaise gestion de la ville n’est pas due au seul Ignazio Marino. Son prédécesseur, Gianni Alemanno, pourtant élu triomphalement en 2008, n’a pas su lui-même absorber les dettes abyssales de son prédécesseur du centre-gauche, comptant sur Berlusconi, alors chef de l’État, pour équilibrer son budget.

Administration municipale pléthorique (62.000 fonctionnaires à plein temps), gestion calamiteuse des sociétés qui assurent les services municipaux de base : ainsi la société ATAC, qui assure le transport urbain – désorganisé et chaotique, quand il n’est pas inexistant –, compte 12.000 salariés, avec en moyenne 1.400 absences journalières « justifiées »… La gestion des déchets est tout aussi loufoque : on a vu cet hiver, dans les zones périphériques de Rome, des… cochons partir à l’assaut des containers d’ordures, débordant de toutes parts. L’état calamiteux de la voirie, après deux mois de pluies diluviennes, a pris une tournure dramatique : crevasses, glissements de terrain y compris dans le centre de Rome, défauts de signalisation rendent le trafic aussi difficile que dangereux. Il faudrait 230 millions par an pendant 5 ans pour régler le problème ; pour l’année 2014, seuls 41 millions sont prévus.

Le problème est que ces aides régulières de l’État seront bien sûr épongées à coups de taxes foncières supplémentaires, les Romains paieront plus du double de la moyenne nationale. Ce qui n’arrange pas les affaires de Renzi, pour l’instant bien plus attentif à sa cote de popularité qu’à la vie quotidienne des Italiens.

De timides contreparties sont exigées en échange de ce sauvetage in extremis : des procédures de contrôle devraient être mises en place, une rationalisation des coûts est à l’étude. Alors qu’il faudrait, pour sauver Rome de la banqueroute, privatiser les entreprises municipales qui détiennent le monopole dans leurs activités et qui sont mystérieusement déficitaires, Ignazio Marino annonce des mesurettes, dérisoires au regard de l’enjeu.

De la principale ressource de Rome, sa « grande bellezza » qui fascine chaque année des millions de touristes éblouis, que fera-t-on ? Ce n’est pas grâce à l’embauche pléthorique de balayeurs de rue que l’on pourra restaurer le mausolée de l’empereur Auguste, qui, peu à peu, tombe en ruine, tandis que la célèbre Domus aurea reste, depuis sept ans, obstinément fermée au public pour cause de « travaux en cours »…

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